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Russie : l’or s’accumule dans les coffres de la banque centrale

Des lingots d'or

Des lingots d'or - AFP

L’Etat russe achète de l’or à tour de bras. Ses réserves atteignent à présent leur plus haut niveau depuis cinq ans. Précautions acquises et projets contre le dollar américain.

Cinq années ont passé. Mars 2014, les Russes viennent d’annexer la Crimée. Les Occidentaux déclenchent des sanctions et arrive la tourmente financière à Moscou. Afin d’y faire face, il a fallu puiser dans les réserves, revendre de l’or. Puis dès 2015, rappelle l’agence américaine Bloomberg, le président Vladimir Poutine a donné pour « recommandation » à la banque centrale, la CBR, de viser la reconstitution des stocks de métal jaune. La gouverneure Elvira Nabiullina réaffirme l’objectif au printemps 2018.

Le mouvement s’accélère alors. En décembre dernier, ce sont encore 9,3 tonnes qui sont accumulées. Bilan : la CBR compte pour 42 % de l’or acheté l’an dernier par l’ensemble des banques centrales au monde. Opération accomplie donc : les réserves avoisinent à présent, en valeur, les 490 milliards de dollars, comme avant la crise de Crimée. Et maintenant, un ex-conseiller de la CBR, Oleg Kuzmin, pense que son ancienne institution pourrait importer des lingots, dès lors que les limites de l’approvisionnement en provenance des mines nationales sont pratiquement touchées.

De l’or pour l’après-dollar ?

Cette quête de métal jaune provient d'une volonté, constamment affirmée, d’une plus grande diversification des sources de réserves extérieures et de détenir ainsi moins de devise américaine qu’auparavant. Le directeur de la recherche du Conseil mondial de l’or, Juan Carlos Artigas, y voit simplement l’expression d’une « dé-dollarisation » comparable à celle d’autres grandes économies émergentes.

L’analyste Bruno Maçaes, basé à Pékin, un ancien ministre portugais des Affaires européennes, développe, lui, un raisonnement particulier : les Russes et les Chinois, sans se coordonner mais en parallèle, se prépareraient ainsi à une remise à plat du système monétaire international. L’or deviendrait leur point d’ancrage en vue de la formation d’une nouvelle devise numérique internationale, alternative à un dollar qui n'honorerait plus son statut.

Dans l’immédiat, avec ce matelas traditionnel de sécurité, il s’agit surtout pour l’Etat russe de tenter de se prémunir contre le risque d’une crise financière interne, même si mardi le Fonds monétaire international a confirmé ses prévisions d’une croissance économique relativement solide en 2019 et 2020 (1,6 % puis 1,7 %). L’autre aléa majeur auquel sont confrontées les autorités, ce serait une nouvelle salve de sanctions économiques et financières américaines. Le 29 mars, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a jugé que « jamais » les États-Unis ne renonceraient à ce moyen de contrainte sur la Russie. Et on peut constater que nombre d'économistes russes de marché le pensent désormais tout autant.

Appétit pour la dette russe

Paradoxalement, l’un des principaux promoteurs américains d’un durcissement supplémentaire contre Moscou, le sénateur républicain Marco Rubio, considère qu'une « lassitude » des sanctions s’est installée à ce sujet à Washington. Déclaration lundi à Bloomberg, aussitôt mise en exergue par les médias russes.

Cette « lassitude » politique, les capitaux internationaux semblent l’avoir déjà intégrée, comme en atteste par contraste le succès mercredi de l’émission de bons du Trésor russe à 5 et 10 ans. Adjudications record qui ont, sans la moindre difficulté, dépassé les 2 milliards de dollars. Ce matin, dans le quotidien économique moscovite Kommersant, Yaroslav Lisovolik, responsable de la recherche de Sberbank (le plus grand établissement bancaire public du pays) souligne l’intérêt des investisseurs non-résidents, dès lors que le rendement affiché par les obligations russes va actuellement au-delà des 11 %, niveau sans pareil parmi les grands émergents. Et l’effet d’attraction, pour l’heure, se répercute sur le rouble. La monnaie russe réalise, cette année, une performance parmi les plus élevées au monde.