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Pourquoi Londres écrase Paris en nombre de diplômés

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Avec près de 7 habitants sur 10 diplômés du supérieur, la capitale britannique est de loin la ville qui affiche le plus haut niveau éducatif d'Europe. Et si Paris est bien classée, elle se situe à des années lumière de Londres.

Ce sont les grandes villes qui attirent les diplômés. C'est en effet dans les grandes aires urbaines que l'on trouve les grandes entreprises et les jobs les plus qualifiés. Il est donc logique que ce soit Londres, la plus grande ville d'Europe avec 8,6 millions d'habitants qui compte la plus grande population de diplômés. Néanmoins l'écart entre la capitale britannique et le reste de l'Europe a de quoi surprendre.

Selon des données récentes publiées par Eurostat, Londres compterait 69,7% de diplômés du supérieur*. Plus des deux tiers de la population de la ville seraient titulaires d'un diplôme universitaire ou de grande école. Et la capitale britannique jouit d'une avance considérable sur ses poursuivants. La deuxième ville de ce classement est reléguée à plus de 15 points derrière. Il s'agit d'Oslo, la capitale de la Norvège connue pour son haut niveau en matière d'éducation. Suivent encore loin derrière Madrid et l'Ile-de-France. Avec 46% d'habitants titulaires d'un diplôme supérieur au bac, la région parisienne est pourtant l'une des plus éduquées d'Europe. À titre de comparaison, Bruxelles est à 43%, la Catalogne (Barcelone) à 38%, Berlin à 37% et la région de Rome à 23%.

Si la région parisienne superforme au niveau européen et même national (selon l'Insee 28% seulement de la population française est diplômée du supérieur), elle reste très loin de Londres. Pourquoi la capitale britannique a creusé un tel écart avec le reste de l'Europe? D'abord ce résultat traduit une fracture entre l'Europe du sud et celle du nord. Comme l'on peut le voir sur la carte d'Europe ci-dessous, le nord du continent (les pays scandinaves mais aussi baltes, ainsi que le Benelux et la Grande-Bretagne) concentrent un plus grand nombre de diplômés que ceux du sud et de l'Europe centrale. Aucune région italienne par exemple n'excède les 24%.

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Mais Londres se démarque malgré tout avec des taux bien supérieurs aux autres grandes régions du nord de l'Europe. Deux facteurs explicatifs sont avancés par Eurostat. D'abord, le niveau d'excellence des universités et des écoles supérieures britanniques qui attirent des étudiants de l'ensemble de la planète. 

Des étudiants qui ont tendance à rester dans la capitale britannique où ils trouvent un travail. Assez souvent dans la finance. Et c'est le deuxième facteur explicatif de la performance londonienne. En tant que première, ou deuxième place financière mondiale, Londres accueille de nombreux travailleurs diplômés. Notamment Français. On estime à 225.000 le nombre de nos compatriotes qui vivent à Londres. Ce sont souvent des diplômés de grandes écoles françaises qui décident de faire carrière dans la finance londonienne. Ce sont d'ailleurs les diplômés des grandes écoles françaises qui ont les plus hauts salaires à Londres.

Selon le site Emolument, les diplômés de Polytechnique ont les plus hauts revenus de la City avec 74.000 livres (100.000 euros) par an. Devant la London Business School, Centrale et HEC. Des débouchés qui n'existent pas dans la capitale française. Londres a donc tendance à concentrer les diplômés comme aucune autre ville au monde.

Car le phénomène n'est pas aussi flagrant aux États-Unis. Ce ne sont pas forcément les très grandes agglomérations qui comptent la plus grande concentration de diplômés. Selon une étude publiée récemment par Wallethub, c'est à Washington, Ann Harbor dans le Michigan, San Jose-Sunnyvale-Santa Clara (la Silicon Valley) ou dans des villes encore plus petites comme Madison (Wisconsin) ou Tallahassee (Floride) que la part des diplômés dans la population est la plus importante.

New York n'est ainsi que 37ème et Los Angeles 85ème. Cela s'explique par l'immensité du territoire américain. Moins centralisé que les États européens, les États-Unis comptent de nombreux pôles d'excellence universitaire, ce qui dilue la population de diplômés.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco