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Pourquoi la Chine ne vole pas au secours de l'économie russe

Soucieux de préserver ses liens avec ses principaux partenaires commerciaux européens et américains, Pékin n'affiche pour l'heure aucune volonté d'aider la Russie à contourner les sanctions occidentales.

La Chine marche sur un fil. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Pékin ne s’est pas vraiment précipité pour voler à la rescousse de son allié russe ciblé par les lourdes sanctions économiques occidentales. A l’ONU mercredi, la deuxième puissance mondiale a préféré s’abstenir, lors du vote d’une résolution exigeant que Moscou "cesse immédiatement de recourir à la force" contre son voisin. Un silence révélateur de la poisition ambiguë du régime chinois dans la crise actuelle.

Des relations de plus en plus étroites

Si elle a dit "comprendre" la Russie et écarté le terme "invasion" de son vocabulaire, la Chine n’a en réalité jamais affiché un soutien explicite à Moscou dans ce conflit. Les deux puissances souvent sur la même longueur d’onde ne cessent pourtant de resserrer leurs liens depuis plusieurs années, avec l’objectif commun de contester l’hégémonie américaine et celle du dollar comme monnaie du monde.

Les Jeux Olympiques de Pékin le mois dernier ont été l’occasion pour les deux pays de réaffirmer leur volonté de renforcer leurs relations. L'amitié sino-russe est un "exemple de relation digne, où chacun aide et soutient l'autre dans son développement", avait estimé Vladimir Poutine sur place.

Cette "amitié" a pris diverses formes ces dernières années. Face à la chute du rouble lors de l’annexion de la Crimée en 2014, la Chine avait accepté d’être payée en yuans pour compenser la hausse des importations en dollars. Aujourd’hui, la Russie est devenu un "gros investisseur sur le marché obligataire chinois", selon la banque ANZ, avec l'équivalent en yuans de quelque 140 milliards de dollars d'avoirs.

Les deux pays développent également des projets de gazoducs ensemble, le premier étant entré en service en 2019. Le mois dernier, ils ont aussi scellé un nouvel accord pour la fourniture de 10 milliards de m3 de gaz naturel en provenance de l'extrême-orient russe. Plus récemment encore, au lendemain de l’invasion de l’Ukraine, la levée par Pékin des restrictions sur ses importations de blé russe a valu au géant asiatique d’être taxé par l’Australie de "bouée de sauvetage" de Moscou.

Intérêts économiques

Reste que cet accord autorisant des importations de blé depuis toutes les régions russes, contre seulement sept auparavant, était connu depuis début février. Et son entrée en vigueur témoigne peut-être davantage d'une volonté chinoise de sécuriser son approvisionnement que d’un soutien sans faille à la Russie.

Car au-delà de ce geste commercial, Pékin semble avoir pris ses distances avec Moscou ces derniers jours. Tout du moins, le géant asiatique visiblement embarrassé par la situation en Ukraine se fait plutôt discret. Pas question pour lui de voler au secours de son voisin à n’importe quel prix. Et dans le cas présent, le jeu n’en vaut sans doute pas la chandelle.

Si la Chine est le premier partenaire commercial de la Russie, l’inverse n’est évidemment pas vrai. L'an dernier, la Chine a réalisé chez son voisin pour 79,3 milliards de dollars d'achats, soit 3% de ses importations, selon la banque ANZ. Ses ventes à Moscou représentaient 67,6 milliards de dollars, soit 2% seulement du total des exportations chinoises. Ce qui fait de la Russie le 18e partenaire commercial de Pékin, bien loin de l’Union européenne et des Etats-Unis.

Soucieuse de préserver ses intérêts économiques, la Chine a tout à perdre en aidant Moscou à contourner les sanctions occidentales. Et il y a fort à parier que si tel était le cas, ses principaux partenaires occidentaux la sanctionneraient au moins aussi durement. D’ailleurs, les banques chinoises n’ont pas pris le risque de remplacer le système de messagerie Swift dont ont été exclues plusieurs banques russes par le système chinois équivalent CIPS pour effectuer des transactions avec leur voisin, de peur que les Occidentaux ne réagissent et les privent d’accès au dollar.

Plusieurs banques publiques chinoises seraient ainsi réticentes à financer des achats de matières premières en Russie, selon l'agence Bloomberg. Basée à Pékin, la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (BAII), qui est la réponse chinoise à la Banque mondiale, a quant à elle suspendu jeudi ses activités avec la Russie et le Belarus, également visé par des sanctions.

La Chine convoite le blé ukrainien

Si la Chine n’affiche pas vraiment la volonté d’aider son partenaire idéologique, c’est aussi parce qu’elle a des intérêts stratégiques en Ukraine, un de ses partenaires commerciaux importants dans les fameuses nouvelles routes de la soie dont l'extension risque d'être freinée par le conflit actuel.

Pékin, devenu le premier partenaire commercial de Kiev devant la Russie, compte aussi sur l’Ukraine pour son approvisionnement en blé. L’Empire du Milieu qui ne cesse de perdre des terres arables en raison de l’urbanisation du pays, envoient depuis quelques années des hommes d’affaires racheter les productions de céréales du "grenier à blé" de l’Europe. En 2020, l’Ukraine a exporté 7 millions de tonnes de céréales vers la Chine, pour un montant de 1,9 milliard d’euros.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis avec AFP Journaliste BFM Eco