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Nissan : la mauvaise passe se confirme

Nissan, contraint de revoir à la baisse ses prévisions annuelles, constate désormais dans les chiffres une phase de faiblesse qui pourrait se prolonger.

Nissan, contraint de revoir à la baisse ses prévisions annuelles, constate désormais dans les chiffres une phase de faiblesse qui pourrait se prolonger. - SCOTT HEPPELL / AFP

Le constructeur japonais a abaissé ses prévisions de résultats pour l'année, face à une nette dégradation de ses perspectives à travers le monde.

Des profits annuels au plus bas depuis 6 ans. Voilà ce que vise désormais Nissan pour ses résultats annuels, abaissant sa prévision de résultat de 4,3 milliards d'euros à 3,6 milliards d'euros au terme de son exercice fiscal. Nissan a également revu à la baisse ses projections de ventes en volumes pour l'année, de 5,9 à 5,6 millions de véhicules.

Certes, l'annonce d'une provision de 74 millions d'euros au titre du dossier des minorations de revenus supposées dans l'affaire Ghosn n'arrange rien, mais l'impact n'a rien de décisif sur les comptes du constructeur, confronté à un vrai problème de fond en matière de production et de ventes, et ce depuis quelques mois.

Marchés difficiles, l'Amérique en point noir

Avec une gamme qui semble avoir du mal à se renouveler, une baisse de ses ventes en Europe (avec un repli impressionnant de plus de 45% en France en janvier), un marché chinois déprimé et un net ralentissement sur le continent nord-américain, ce sont à la fois le chiffre d'affaires et la profitabilité de Nissan qui s'effritent. 

C'est d'ailleurs du côté du marché américain que se situe sans doute la plus grosse inquiétude pour le management de Nissan, qui a dû y changer sa politique commerciale ces dernières années, avec pour conséquence des ventes en net ralentissement. « Nous avions la vieille habitude d'y pousser les ventes, toujours plus, grâce à de grosses promotions » reconnaît le PDG Hiroto Saikawa, en faisant allusion à la politique Ghosn de « chasse aux volumes ». 

Le spectre du Brexit

Depuis les tarifs y sont repartis à la hausse, ce qui pèse sur les ventes. « Nous devons désormais améliorer l'image de la marque et sa profitabilité » ajouter Hiroto Saikawa, reconnaissant que « c'est un gros chantier ».

Mais ce n'est sans doute pas le seul boulet au pied de Nissan, en excluant toute considération autour de la réforme de l'Alliance avec Renault. Le constructeur japonais se remet à grand peine des perturbations de production qui l'ont touché il y a quelque mois, après révélation d'irrégularités et de corruption sur les contrôles-qualité.

Enfin, l'issue du dossier Brexit pourrait tout chambouler. Si l'essentiel des constructeurs automobiles installés au Royaume-Uni la redoutent et sont soumis aux mêmes sommes d'inquiétudes, Nissan est d'autant plus sur la défensive qu'il est responsable d'un tiers de la production automobile dans le pays, à lui seul. La décision il y a quelques jours de ne pas y produire un nouveau modèle de 4x4 en est une illustration.

Nissan affaibli au sein de l'Alliance

Dans ce contexte, le dossier de la réforme de la gouvernance de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi prendra sans doute un tour nouveau. Car l'argument de Nissan, pour réclamer plus de pouvoirs, était toujours justifié par la puissance commerciale du japonais et sa profitabilité supérieure. 

Mais il est clair que Renault est en train de rattraper son retard à grande vitesse, et pourrait à l'occasion de la publication de ses résultats jeudi prochain, prouver qu'il fait désormais quasiment jeu égal avec son partenaire. Une inversion de tendance dans le rapport de force... qui arrive sans doute au meilleur moment pour le camp Renault, à l'aube d'une nouvelle ère de gestion de l'après-Ghosn.