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Niger : Comment la Chine grignote des marchés à la France

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Une société chinoise va lancer des prospections d’uranium au Niger, alors que le groupe nucléaire français Orano y a restructuré ses activités.

La Chine s'implante en Afrique. Deux permis ont en effet été accordés par l’Etat nigérien à la société Zijing Hechuang, afin de mener des recherches d’uranium dans une zone désertique du Nord. Le gouvernement à Niamey a fait valoir des « retombées immédiates » : recettes pour le budget national, emplois et infrastructures pour les communautés de cette région extrêmement déshéritée d’Agadez…

Depuis sept ans, il s’agit là de la troisième implantation de la Chine. Il y a en particulier celle de CNNC, la compagnie nucléaire nationale chinoise, qui extrait le métal à une centaine de kilomètres de ces nouveaux lieux de prospection. Et 200 km plus au nord, se trouve la cité minière d’Arlit, où le français Orano (ex-Areva) exploite l’uranium depuis maintenant 50 ans.

A Pékin, on se montre résolu à bousculer cette position acquise. Le 5 octobre, le président nigérien Mahamadou Issoufou a reçu l’ambassadeur de Chine, porteur d’un message de son homologue Xi Jinping affirmant que « la Chine continuera à aider le Niger pour promouvoir son développement ». Le diplomate chinois a passé en revue les champs de coopération, « notamment le pétrole et les infrastructures » - précision de l’Agence nigérienne de presse. Le lendemain, c’est l’agence officielle chinoise Xinhua qui, dans un article de commentaire, explique que le président Issoufou a « décidé de prendre à bras le corps » la stagnation du pays. La dépêche relève que le Niger dispose d’un sous-sol « regorgeant » de ressources minières, à commencer par l’uranium.

Contre-pied chinois

Est-ce que cela remet vraiment en cause la place d’Orano ? Pas encore : 30% de l’uranium qu’utilise le groupe nucléaire français provient de ce pays. La ressource nigérienne a contribué à sécuriser, pour ne pas dire à fonder, l’autonomie énergétique de la France. Mais la relation a changé de nature. Fin septembre, le directeur général d’Orano, Philippe Knoche, a fait le déplacement pour exposer toutes les « difficultés » du marché de l’uranium. Interrogé par la télévision nationale, il a souligné que la concurrence canadienne a également réduit sa production de manière significative.

Le cours du kilogramme d’uranium a été divisé par deux en 3 ans, au fur et à mesure que la demande mondiale a reculé, passant de 40 à 20 dollars, pour remonter actuellement à 27. L’an dernier, Areva a alors lancé une restructuration de ses activités nigériennes, en invoquant la nécessité d’assurer leur « viabilité ».

Pour sa part, la Chine a vis-à-vis du Niger une autre approche, celle qui, d’une certaine façon, a été celle de la France cherchant à garantir ses approvisionnements en les diversifiant. Parce que si les Français ont veillé à ne plus dépendre de la matière première du Niger, les Chinois tentent, eux, de se défaire de leur dépendance à celle du Kazakhstan, leur voisin d’Asie centrale.

Un ancien responsable de l’Association nucléaire mondiale décrit comment depuis 2014 le Niger et la Namibie sont ainsi perçus à Pékin comme une partie de l’alternative. L’activité nigérienne n’est donc pas abordée par la Chine comme un facteur complexe à gérer dans le marasme du marché mondial d’un métal radioactif mais comme un investissement économiquement et politiquement stratégique.