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Mur budgétaire américain: Obama écourte ses vacances

Démocrates et républicains sont partis en vacances sans trouver de compromis, alors que les coupes et impôts automatiques doivent entrer en vigueur au 1er janvier

Démocrates et républicains sont partis en vacances sans trouver de compromis, alors que les coupes et impôts automatiques doivent entrer en vigueur au 1er janvier - -

J-5 avant l'entrée en vigueur automatique de hausses d'impôts et de coupes budgétaires aux Etats-Unis. Barack Obama est revenu plus tôt que prévu de Hawaï pour reprendre les négociations avec les républicains.

Que Barack Obama rentre plus tôt de vacances, ce 26 décembre, peut être interprété de différentes façons. Il se peut que des discussions soient en cours entre les deux partis, et que le retour du président soit nécessaire pour concrétiser un accord. Il se peut aussi que ce soit le signe d’un blocage total dans les négociations. Auquel cas, le chef du gouvernement américain serait revenu pour mettre la pression à ses interlocuteurs.

Il est en tout cas évident qu’on est dans un vaudeville politique. Barack Obama veut pouvoir dire après coup qu’il est rentré plus tôt de vacances, qu’il a fait des efforts, que c’est désormais aux républicains de faire les leurs.

Un choc de 600 milliards de dollars

Le point principal de blocage est celui du taux d’imposition, notamment des plus riches. Le président américain veut que tout le monde participe à l’effort national, y compris les ménages les plus aisés. Les conservateurs, eux, sont hostiles à toute hausse d’impôts.

Si aucun accord n’est trouvé entre républicains et démocrates d’ici au 31 décembre, il y aura des hausses d’impôts automatiques pour tous, particuliers comme entreprises, et des baisses drastiques dans les dépenses. Un choc de 600 milliards de dollars, appelé "falaise fiscale" ou "mur fiscal".

Début janvier, des coupes budgétaires interviendraient dans les grands programmes sociaux, mais également dans la défense. Ainsi, les Etats-Unis risquent d’être confrontés à un choc d’austérité considérable. En quelques mois, la consommation pourrait en pâtir.

75% du PIB américain issu de la consommation

Une situation périlleuse puisque l’économie des Etats-Unis ne tourne que grâce à la consommation des ménages, encore plus qu’en France : elle représente 75% du PIB américain. Et la population a très peu d’épargne. Donc la moindre réduction de son revenu a un impact immédiat sur ses achats.

Si un compromis paraissait envisageable auparavant, les positions se sont durcies ces derniers jours. Les républicains ne veulent pas céder sur la hausse d’impôt. Ils estiment impossible de les augmenter, même pour les plus riches. De son côté, Barack Obama refuse tout net que les impôts de la classe moyenne augmente si ceux des plus aisés ne bougent pas.

En désespoir de cause avant de partir en vacances à Hawaï, le président américain a proposé un accord provisoire. Puisqu'il semble impossible de trouver un accord global avant le 31 décembre, il envisage de repousser les échéances sur les grands équilibres et de prendre en attendant quelques mesures ponctuelles pour éviter de tomber de la falaise.

L'impasse semble totale

Le président américain met en avant deux mesures en particulier : que les indemnités de chômage continuent à être versées après le 1er janvier, et que les impôts n'augmentent pas pour les classes moyennes.

Le camp républicain n'a pas répondu à cette proposition d'accord partiel. Ses membres sont en plein désarroi après que les conservateurs ont désavoué leur chef de file à la Chambre. Les républicains ont en effet refusé de voter le texte proposé par John Boehner, qui prévoyait des hausses d’impôts pour les ultra-riches uniquement, ceux dont le revenu excède le million de dollars.

En apparence au moins, l'impasse semble totale. Selon la presse, Barack Obama aurait un peu perdu son sang-froid la semaine dernière avec ses interlocuteurs républicains. "Vous voulez me faire appliquer le programme fiscal de Mitt Romney alors que les électeurs américains n'ont pas voté pour lui", leur aurait-il lancé.

Emmanuel Duteil et Jean-Bernard Cadier en direct de New York