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L'Elysée reporte la livraison du Mistral à la Russie "jusqu'à nouvel ordre"

La livraison du Mistral est un sujet de tensions entre la France et la Russie.

La livraison du Mistral est un sujet de tensions entre la France et la Russie. - Franck Perry - AFP

L'Elysée a fait savoir, mardi 25 novembre, que la situation en Ukraine ne permettait toujours pas la livraison du porte-hélicoptères à la Russie.

La France a décidé de reporter jusqu'à nouvel ordre la livraison du Mistral à la Russie. "Le Président de la République considère que la situation actuelle dans l’est de l’Ukraine ne permet toujours pas la livraison du premier BPC (Bâtiment de projection et de commandement, Ndlr). Il a donc estimé qu’il convenait de surseoir, jusqu’à nouvel ordre, à l’examen de la demande d’autorisation nécessaire à l’exportation du premier BPC à la Fédération de Russie", a ainsi indiqué l'Elysée mardi.

Pour rappel, la France doit toujours livrer deux navires militaires. Le Vladivostok, premier d'entre eux, aurait ainsi dû l'être en octobre. Mais cette livraison est toujours suspendue au règlement de la crise ukrainienne, et un ultimatum a été lancé par Moscou -jusqu'à la fin du mois selon une source russe- avant d'éventuelles poursuites judiciaires.

Le dilemme de Hollande

C'est donc un véritable dilemme auquel fait face François Hollande. Livrer en fin de compte le Vladivostok aux Russes serait assimilé à une volte-face de sa part. Lui qui répète que le cessez-le-feu doit être au préalable "entièrement respecté" en Ukraine. Mais d'après l'armée ukrainienne, 150 soldats ont trouvé la
mort depuis l'entrée en vigueur de ce cessez-le-feu le 5
septembre dernier

D'un autre côté, ne pas le livrer reviendrait à ouvrir une brèche supplémentaire dans les relations diplomatiques avec Moscou. Sans compter les répercussions financières, car le contrat s'élève tout de même à 1,2 milliard d'euros.

Moscou ne va poursuivre la France "pour l'instant"

La Russie, de son côté, a immédiatement réagi et a tenté de calmer le jeu, indiquant qu'elle ne poursuivrait pas "pour l'instant" la France en justice. "Nous allons attendre avec patience" la livraison, s'est contenté d'affirmer Iouri Borissov, un vice-ministre de la Défense cité par l'agence publique Ria Novosti. "Pour l'instant, nous n'intentons aucune action".

"Une très mauvaise nouvelle pour notre industrie nationale"

Interrogé par BFMTV, Thierry Mariani, député UMP des Français de l'étranger, a fait part de son incompréhension après la décision de l'Elysée. "On ne livre ou on ne livre pas ! A un moment il faut savoir", s'est-il exclamé. "On sait très bien que le chantage ne fonctionne pas sur les Russes. On a un contrat, nous le respectons. Chaque jour qui passe montre aux pays étrangers que la signature de contrats d’armement, ça ne garantit pas la livraison de la France. Je pense que c’est une très mauvaise nouvelle pour notre industrie nationale", a-t-il déclaré.

Du côté du PS, la satisfaction est de mise. "C’est une décision mûrement réfléchie (par le gouvernement) et nous en sommes plutôt contents" a ainsi assuré Annick Lepetit, députée socialiste, également au micro de BFMTV. "Aujourd’hui nous ne sommes pas en mesure d’aller plus loin dans ce dossier. Il y a toujours des risques mais la décision inverse en faisait courir de plus grands. C’est une décision sage."

Y.D. avec AFP