BFM Business

L'Egypte: une économie à bout de souffle

La banque centrale égyptienne ne dispose tout au plus que de trois mois de réserves de changes pour couvrir les importations.

La banque centrale égyptienne ne dispose tout au plus que de trois mois de réserves de changes pour couvrir les importations. - -

La crise politique fait rage au Caire, où l'armée et le président sont au cœur d'un bras de fer pour le pouvoir. Une situation qui s'explique notamment par la crise économique que subit l'Egypte.

Les évènements s'accélèrent en Egypte ce 3 juillet. Un conseiller du président égyptien dénonce un "coup d'Etat militaire". L'ultimatum de l'armée, obligeant le dirigeant à quitter ses fonctions a pris fin, mais il refuse toujours de quitter le pouvoir. Il appelle à la création d'un cabinet d'union nationale. Mohammed Morsi et des responsables islamistes sont interdits de quitter le territoire tandis que l'armée égyptienne a commencé à installer des barbelés autour de la caserne où il se trouve. Une situation extrême dont les explications sont en partie économiques.

L'Egypte est au bord de l'asphyxie et sous perfusion d'aide internationale. Les prix flambent et les Égyptiens se serrent la ceinture. L’an dernier, les prix ont augmenté de 4,5% en moyenne alors que les revenus des ménages égyptiens baissaient de 11%.

Le printemps égyptien pèse pour un quart de la dette égyptienne

Et si Mohamed Morsi est tenu pour responsable, c'est qu'à aucun moment, son gouvernement n'est parvenu à prouver sa capacité à fixer un cap, quel qu'il soit. Il insiste sur les méfaits des tenants de l'ancien régime, ses legs catastrophiques. Il invoque aussi la facture économique - supposée - de la révolution de 2011. Elle serait, selon ses estimations, de 7,5 milliards, soit l'équivalent d'un quart de la dette extérieure du pays.

Et tout contribue à mettre à mal les sources de recettes en devises. Le gouvernement a bien tenté de tendre la main aux hommes d’affaires égyptiens qui ont quitté le pays après la chute de Moubarak, mais ils ne reviennent pas. Quant aux étrangers, ils ont fui le pays. Les investissements étrangers sont brutalement tombés à 1,8 milliard de dollars en 2012, contre une moyenne de 5 milliards dans les années 2000.

Le tourisme n'est plus que l'ombre de lui-même

Alors même qu'il est question de relancer les stations balnéaires, le tourisme n’est plus que l’ombre de lui-même. L’Égypte a certes réussi à attirer 11 millions de visiteurs l’an dernier, contre 15 millions en 2010. Mais cette activité a chuté de 70% à Louxor et dans les grands sites historiques comme Le Caire et Assouan.

Aujourd’hui, le pays ne vit plus que de l’aide internationale, notamment celle du FMI. Quand bien même, la banque centrale ne dispose tout au plus que de trois mois de réserves de changes pour couvrir les importations. Pour l'essentiel, du blé, dont l'Egypte est le premier importateur au monde. Et encore, cette soupape de sécurité, les Egyptiens la doivent à une ligne de crédit accordée par le Qatar, faute d'obtenir une rallonge du fonds monétaire international.

La livre égyptienne s'effrite, l'inflation engloutit le peu de croissance. Cette année, pour une prévision de progression du PIB de 2%, le FMI s'attend à une hausse des prix de 8%, et même de 14% l'an prochain. Et encore, ces pronostics plus qu'aléatoires ont été formulés au mois d'avril.

Benaouda Abdeddaïm et Laurent Mimouni