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Khashoggi: Trump veut maintenir les ventes d'armes

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Washington demande plus d'explications sur la mort du journaliste saoudien mais refuse la suspension des contrats d'armements. Paris reste prudent

Donald Trump n'est pas satisfait des informations données par Ryad sur la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, et s’il n’écarte pas la possibilités de sanctions, il maintient que suspendre la vente d'armes à l'Arabie saoudite nuirait aux États-Unis : « nous avons 450 milliards de dollars (de contrats), dont 110 milliards de commandes militaires, du matériel et d'autres choses commandées par l'Arabie saoudite », a-t-il déclaré en marge d’un nouveau meeting de campagne, « Je crois que cela représente plus d'un million d'emplois alors ce n'est pas constructif pour nous d'annuler une commande comme celle-là, cela nous fait beaucoup plus de mal qu'à eux ».

« Pour l'équipement militaire, ils peuvent se tourner vers la Chine, ils peuvent se tourner vers la Russie, même s'ils n'ont pas un aussi bon matériel que nous, personne n'en a. Ils peuvent acheter leur matériel ailleurs », a poursuivi le président américain. L’Amérique reste aussi soucieuse des équilibres sur le marché pétrolier. Il y a 15 jours la tension très vive liée à l’affaire Khashoggi avait fait franchir la barre des 85$ le baril aux prix du brut. Le pétrole était ensuite redescendu sur les 80$ mais l’Arabie Saoudite avait laissé certains commentateurs influents avancer qu’un baril « à 100$, 200$ peut-être » ne lui faisait absolument pas peur, et qu’elle se réservait le droit d’utiliser l’arme pétrolière si on portait atteinte à sa souveraineté. Or les électeurs de Trump, dans les zones rurales des Etats-Unis sont très sensibles aux prix de l’essence, « il est très compliqué d’avoir raison contre une pompe à essence aux Etats-Unis » commentait un expert géopolitique

« plus de réponses »

Donald Trump ne peut toutefois pas ignorer les réactions du monde entier. La version saoudienne de la mort de Jamal Khashoggi ne semble convenir à personne. Selon Ryad, le journaliste est mort après « une bagarre à coups de poings », et aucun ordre d’assassinat n’a jamais été lancé contre lui. Toutefois, cette version des faits est accompagnée d’un réel coup de balai dans l’entourage du prince héritier Mohammed Ben Salmane, et dans l’état-major des services de sécurité (18 arrestations ont été annoncées) « C'était un gros premier pas. C'était un bon premier pas. Mais je veux obtenir plus de réponses », a précisé Donald Trump.

L’Allemagne, elle, a décidé de geler ses ventes d’armes : « tant que ces questions resteront ouvertes, je ne peux pas m'imaginer qu'il y ait une base positive au sein du gouvernement allemand pour approuver des exportations d'armes vers l'Arabie saoudite », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas dans une interview à la chaîne de télévision allemande ARD (les ventes d’armes de l’Allemagne vers l’Arabie Saoudite restent toutefois limitées à quelques centaines de millions €)

Premier client du monde militaire

La pression internationale sur l’Arabie Saoudite n’est pas retombée ces dernières heures : la cheffe de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, qui a exigé une enquête « approfondie, crédible et transparente » sur cette mort « extrêmement troublante ». Le ministère britannique des Affaires étrangères avait, lui, appelé à ce que les « personnes responsables de cet acte horrible soient jugées ». 

La France, et son ministre des affaires étrangères Jean Yves Le Drian, ne se prononce pas sur les ventes d’armes mais juge que « de nombreuses questions restent sans réponse », ces questions « nécessitent une enquête exhaustive et diligente pour établir l'ensemble des responsabilités et permettre que les responsables du meurtre de M. Jamal Khashoggi répondent de leurs actes (…) ces attentes sont d'autant plus fortes que nos deux pays sont liés par un partenariat stratégique qui implique franchise, exigence et transparence »

Les derniers grands contrats pour la France datent de 2013-2014 (2,4 milliards de dollars pour la modernisation de navires de combat) et on ne peut pas, à proprement parler, avancer un chiffre annuel récurrent, « l’Arabie Saoudite n’est pas un grand client de la France » avait même pu lancer Emmanuel Macron il y a quelques jours alors qu’il était interrogé, justement, sur l’affaire Khashoggi. Reste les livraisons liées aux anciens contrats, selon le rapport parlementaire 2018 sur les ventes d’armes, les livraisons ont triplé de 2011 à 2017, passant de 380 millions d'euros à 1,38 milliard d'euros (blindés, canons, hélicoptères). Les industriels doivent maintenant se faire payer, toute position radicale de Paris pourrait considérablement rallonger les délais de paiement.

Avec l’Inde, L’Arabie Saoudite est le premier acheteur d’armes au monde, avec un montant évalué annuellement à 36 milliards$, le royaume représente à lui seul 16% des ventes d’armes mondiales, les Etats-Unis en sont le premier fournisseur et Donald Trump n’est pas souverain dans cette affaire, le Congrès américain a le pouvoir de bloquer des ventes d'armes et d'imposer des sanctions.

La REDACTION