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Italie : Bruxelles et le FMI multiplient les mises en garde

Pierre Moscovici et Giovanni Tria, au dernier sommet Eurogroupe à Bruxelles, lundi 5 novembre.

Pierre Moscovici et Giovanni Tria, au dernier sommet Eurogroupe à Bruxelles, lundi 5 novembre. - EMMANUEL DUNAND / AFP

La Commission européenne se montre nettement plus pessimiste sur le scénario économique que la coalition au pouvoir à Rome, qui pointe en retour les « défaillances" de Bruxelles. Le FMI évoque quant à lui des risques de « contagion » aux économies les plus fragiles.

Les avertissements des grandes institutions se font plus pressants à l'encontre de la coalition au pouvoir en Italie. Dernière illustration ce jeudi, alors que Bruxelles présentait ses dernières prévisions économiques pour l'ensemble des pays de la zone euro. Dans le cas de l'Italie, force est de constater que ses prévisions s'éloignent fortement de celles énoncées du côté de Rome.

Bruxelles estime ainsi que le déficit de l'Italie atteindra 2,9% de son Produit Intérieur Brut l'an prochain, puis 3,1% en 2020. Scénario plus pessimiste que celui de Rome, qui ne table respectivement que sur 2,4% puis 2,1% . « Nos projections diffèrent quelque peu » a ironisé Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques. Bruxelles y voit surtout le résultat d'hypothèses de croissance trop optimistes : alors que Rome table sur 1,5% de croissance pour l'an prochain, Bruxelles ne table, elle, que sur 1,2% .

Rome évoque la « défaillance » de Bruxelles

La réponse de l'Italie a été sans détour. C'est le ministre italien de l'Economie qui a répliqué vertement : « les prévisions de la Commission (...) dérivent d'une analyse non attentive et partielle » du budget italien. Giovanni Tria ose même ce constat : Bruxelles a fait preuve de « défaillance technique ».

C'est le dernier épisode d'un bras de fer qui n'en est peut-être qu'à ses débuts. Bruxelles a en effet rejeté le 23 octobre dernier - une première - le projet de budget 2019 de la coalition populiste formée de la Ligue (extrême-droite) et du Mouvement Cinq Etoiles (M5S).

La Commission a donné à Rome jusqu'au 13 novembre, donc au début de la semaine prochaine, pour présenter un projet de budget révisé. Faute de réponse jugée adaptée, l’Italie s'exposerait à l'ouverture d'une procédure pour déficit excessif susceptible d'aboutir à des sanctions financières.

Le FMI et les risques de « contagion »

Le Fond Monétaire International est lui aussi sorti de son silence pour adresser un message à l'Italie. Sur la croissance d'abord. L'institution est même encore plus pessimiste que Bruxelles, puisqu'elle n'attend que 1% de croissance pour l'an prochain !

Mais son avertissement fait aussi référence aux récentes tensions sur les marchés de taux. Certes, même si les taux d'emprunts italiens sont « à leur plus haut niveau depuis 4 ans », les retombées sur les autres marchés ont été pour le moment relativement limitées.

Toutefois, le FMI l'écrit, « une contagion provoquée par de futures tensions pourrait être significative, en particulier pour les économies aux fondamentaux macroéconomiques plus fragiles et aux marges de manoeuvre budgétaires réduites ».