BFM Business

Infiniti : nouveau coup dur pour l'automobile britannique

Cap sur les SUV, l'Amérique et la Chine pour Infiniti, qui quitte l'Europe... Et surtout l'usine Nissan de Sunderland.

Cap sur les SUV, l'Amérique et la Chine pour Infiniti, qui quitte l'Europe... Et surtout l'usine Nissan de Sunderland. - Mark RALSTON / AFP

La marque de Nissan se retire d'Europe, et stoppe la production de 2 modèles à Sunderland. Une décision de stratégie globale, en pleine incertitude autour du Brexit.

Nissan en prend acte. Impossible de percer sur le marché des marques premium en Europe, saturé par le haut de gamme allemand et Lexus, la marque de luxe de Toyota. C'est pourquoi le constructeur a décidé de réorienter sa production vers l'Amérique et l'Asie, où Infiniti a nettement plus de chances de gagner des parts de marché.

Née en 1989, Infiniti a explosé dans les années 90, au milieu d'une offensive commune des marques japonaises sur le haut de gamme. Elle avait originellement comme objectif une vraie conquête du marché américain, avec même un outil de production qui s'est développé pour cela aux Etats-Unis. C'est ainsi que sont nés Lexus chez Toyota, Xedos chez Mazda (marque désormais éteinte), Acura pour Honda et Infiniti chez Nissan. 

Défaut d'identité

Et la tentation a été grande de la part des grandes enseignes japonaises de percer également sur le marché européen, où il restait de la place à prendre aux côtés des grands noms allemands, notamment au début des années 2000. C'est ainsi que Toyota et Nissan ont commencé à produire, en Angleterre notamment, des modèles de leur marques de luxe, destinés à alimenter l'Europe.

Mais si Toyota a réussi à imposer Lexus comme marque de luxe "Ecolo-Chic", grâce notamment aux technologies hybrides maison, Infiniti n'aura pas connu le même destin, faute d'identité spécifique. Les ventes auront toujours été confidentielles en Europe, quelques milliers d'exemplaires tout au plus chaque année, et une part de marché qui n'a jamais dépassé... 0,1%. Le maximum ayant été atteint en 2016 et en 2017, avec 12.000 exemplaires par an, mouvement initié en grande partie par l'explosion des services de VTC.

Réorientation vers la Chine et l'Amérique

Mais depuis le soufflé est retombé, faute d'image de marque vraiment développée. Infiniti n'a vendu qu'un peu plus de 6.000 véhicules l'an dernier en Europe. Face à une dynamique de vente et de gamme pas assez consistante, et un marché toujours aussi volatil, Nissan a décidé d'arrêter les frais, et de ne plus produire d'Infiniti que pour les marchés américains et asiatiques, où la marque est plus connue et où les tendances sont plus positives.

Infiniti va mettre les bouchées doubles sur la production de SUV pour les Etats-Unis, et accélérer sur le marché chinois, auquel Nissan croit toujours. 5 nouveaux modèles seront lancés dans le pays ces 5 prochaines années. Une offensive qui sera rendue possible par une intensification des synergies avec la maison-mère.

Période noire pour Sunderland

Mais cette décision touche donc encore une fois l'usine britannique de Sunderland, responsable à elle seule du tiers de la production automobile du pays. Quelques semaines seulement après l'annulation du projet de production d'un SUV Nissan (le X-Trail nouvelle génération) sur le même site. Pas de suppression de postes pour autant, mais 741 nouveaux emplois n'ont pas été créés, du fait de cette décision, qui a déclenché une vague de protestation politique.

L'arrêt de la production d'Infiniti à Sunderland aura des conséquences certaines, elle, et Nissan est en train de les négocier avec les syndicats locaux. Nissan ne parle à aucun moment du Brexit pour justifier sa décision, qui est davantage, tout comme le dossier du X-Trail, le fruit d'une réflexion plus globale sur les tendances de marché actuelles dans l'automobile.

Mais l'incertitude totale en termes de droits de douane, de logistique et de fonctionnement au quotidien de l'industrie, à 3 semaines du Brexit, semble accélérer les prises de décisions actuellement chez les constructeurs, au milieu des problématiques plus globales de l'industrie automobile. Même Toyota prend désormais en compte dans ses scénarios de travail un possible retrait du Royaume-Uni. Et Honda y a d'ores et déjà fermé son unique usine.