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Eradiquer l'évasion fiscale, une des clés de la croissance mondiale

Réduire l'évasion fiscale, un outil majeur pour réduire la dette publique.

Réduire l'évasion fiscale, un outil majeur pour réduire la dette publique. - Pixabay

La dette publique mondiale va atteindre un pic historique cette année en raison de la pandémie, mais les Etats ont une carte à jouer pour trouver de nouveaux revenus: la fiscalité internationale sur les géants du numérique, souligne Vitor Gaspar, un des directeurs du FMI.

Pour l'heure, les négociations en vue d'une refonte de la fiscalité internationale, sous l'égide de l'OCDE, ont échoué. L'objectif est de mieux appréhender les activités du numérique dont les substantiels profits échappent à de nombreux fiscs dans le monde.

Cette réforme est fondamentale "dans la mesure où il y a une perception selon laquelle des entreprises extrêmement profitables et qui rayonnent à l'échelle mondiale, ne paient pas leur juste part en matière de fiscalité", a souligné Vitor Gaspar, directeur du département des finances publiques du Fonds monétaire international dans un entretien avec l'AFP.

"Il y a la perception que le système de fiscalité internationale qui avait été négocié dans le cadre de la Société des Nations il y a environ 100 ans, n'est plus adapté à son objectif", a-t-il poursuivi. Selon lui, un accord serait "très important pour l'économie mondiale". Car réduire a minima l'évasion fiscale sera à l'avenir un des outils majeurs à disposition des Etats pour trouver des sources de revenus supplémentaires et diminuer leur dette publique.

Au total, les gouvernements ont dépensé quelque 11.000 milliards en aides aux ménages et entreprises durement touchés par la paralysie économique résultant du confinement, décrété pour contenir le nouveau coronavirus. Le montant des mesures budgétaires prises en quelques mois à travers le monde est plus élevé que toutes les mesures prises en 2008, 2009 et 2010 pendant la crise financière, a souligné Vitor Gaspar.

La dette publique mondiale à un niveau historique

Par conséquent, le niveau de la dette publique mondiale atteindra cette année le niveau le plus élevé de l'histoire pour représenter 101,5% du PIB mondial, plus qu'à l'issue de la Seconde Guerre mondiale.

Alors qu'avant la pandémie, Vitor Gaspar exhortait inlassablement les gouvernements à dépenser moins, il est désormais catégorique sur la nécessité de poursuivre les aides budgétaires. "Le risque d'un retrait prématuré du soutien budgétaire est le risque dominant", qui pourrait faire dérailler la reprise bien plus que l'augmentation du niveau de la dette, dit-il.

Et de rappeler que la reprise économique après la crise financière mondiale de 2008 avait précisément été ralentie par ce faux pas. En conséquence, les chiffres de la dette sont stupéfiants, dépassant la taille de l'économie mondiale. Au Japon, celle-ci représentera même 268% du PIB, en Italie 166% et aux Etats-Unis, plus de 141%.

Avec plus de 12 millions de cas dans le monde et 555.000 décès, "la priorité numéro une" est de vaincre le virus pour que chacun puisse reprendre une vie normale et que l'économie renoue avec une croissance durable, a également souligné Vitor Gaspar. D'autant que, dit-il, le financement de la dette n'est pas un problème puisque les taux d'intérêts sont historiquement bas, quand ils ne sont pas négatifs.

La dette publique mondiale stabilisée en 2021?

Selon les estimations du FMI, la dette publique mondiale devrait en outre se stabiliser en 2021, exception faite des Etats-Unis et de la Chine. Mais bien sûr, la prudence s'impose car l'incertitude entourant les projections économiques reste grande.

Les taux d'intérêts pourraient ainsi augmenter rapidement, en particulier dans les économies émergentes. Et, à moyen terme, il sera "essentiel" de retrouver le chemin de l'équilibre budgétaire dans les pays qui étaient entrés dans cette crise avec une dette déjà élevée et une croissance faible comme les pays de la zone euro.

"Les problèmes de croissance, de prospérité, d'équité ne sont bien sûr pas tous liés avec le refinancement de la dette publique", constate le responsable du FMI. "Et, en effet, au cours des deux dernières décennies, la croissance en Italie a été très décevante", a-t-il ajouté à titre d'exemple. 

Par conséquent, au sortir de cette crise, l'Italie comme bien d'autres pays devront trouver un nouveau modèle de croissance économique durable "non seulement du point de vue des finances publiques mais encore du point de vue de l'environnement, un modèle de croissance qui utilise ce que nous avons appris sur le potentiel de l'économie numérique". 

Et d'insister: il faut notamment régler "les problèmes de longue date associés à l'évasion fiscale".

S. Se avec AFP