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Coronavirus: vers un scénario noir pour la croissance mondiale et française?

Sur BFM Business, Christophe Barraud, chef économiste chez Market Securities, livre des prévisions résolument pessimistes alimentées notamment par les ruptures d'apprivisionnement et la chute du tourisme.

Explosion des cas en Corée du Sud, contaminations en Italie, en Suisse et en Autriche, marchés qui dévissent, usines toujours à l'arrêt...: de nouveaux éléments alimentent la crise liée au coronavirus. De quoi forcément impacter la croissance mondiale.

Pour le moment, le FMI ne table que sur un repli de 0,1 point mais pour Christophe Barraud, chef économiste chez Market Securities et élu meilleur prévisionniste au monde par Bloomberg, ce qui se profile est bien plus sombre.

"Au niveau mondial, ça nous donnerait 2,6%, le FMI si on prend en compte la baisse de ce week-end est à 3,2, ce qui est assez significatif. Le PIB chinois qui n'est pas forcément un bon baromètre (...) sera forcément en baisse, on table sur 5,2% (...)", explique le spécialiste.

Ruptures d'approvisionnement en mars

Christophe Barraud s'inquiète également d'une reprise lente de la production en Chine qui pèsera sur cette tendance. "Les gens sont un petit peu déçus de la vitesse de reprise de production. Même si les grosses entreprises arrivent petit à petit à remettre en route les chaînes de production, si on regarde les petites entreprises, il n'y en a qu'un tiers qui ont réussi à faire repartir la machine".

Conséquence, "on aura forcément à partir de mars des ruptures d'approvisionnement un petit peu partout dans le monde plutôt sur des segments petites et moyennes entreprises. Ca va être un effet qui à mon avis n'est pas pris en compte dans les prévisions économiques".

Outre la Chine, le chef économiste estime que la Corée du Sud et l'Italie sont particulièrement en danger. "La Corée du Sud est vraiment au centre de la chaîne de valeur ajoutée technologique via la production de semi-conducteurs. On estime que la Corée du Sud produit un quart des semi-conducteurs et sans semi-conducteurs vous ne faites plus rien. Donc il y a potentiellement un risque, s'il y a une réelle épidémie qui se propage en Corée du Sud, d'avoir des blocages aussi dans ce secteur là".

0,8% de croissance en France en 2020

Pour l'Italie, Christophe Barraud évoque "un impact considérable" illustré par la baisse du trafic routier à Milan de "25 à 30% depuis dimanche" et le ralentissement en Vénétie et en Lombardie qui représentent "30% du PIB italien, ce qui n'est quand même pas rien".

Plus globalement en Europe, le frein viendra aussi du tourisme. Après les chinois et les asiatiques qui ne voyagent plus, "on est à peu près sûrs qu'il n'y aura plus un seul touriste du moyen-orient, des Etats-Unis qui viendront en Europe".

Quant à la France, "avant ce week-end, on était plutôt à 1% (...) et en se renseignant un peu sur le tourisme en général on voit qu'il y a des annulations de partout qui vont se poursuivre. Le tourisme, c'est à peu près 8% du PIB. Plus les ruptures d'approvisionnement, on sera sur un chiffre qui sera en dessous de 1%, actuellement, on est à 0,8% (contre 1,1% prévus par la Banque France qui doit aussi réviser à la baisse, NDLR) parce qu'il y a ce phénomène de contagion. Et c'est pas tant l'impact sanitaire, c'est plus l'effet peur qui engendre les confinements", source de coup de frein sur l'activité et donc la croissance. 

Olivier Chicheportiche