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Coronavirus: quel impact peut avoir l'épidémie sur la croissance mondiale?

Selon le FMI, l'épidémie coûterait 0,1 point à la croissance mondiale cette année. Mais le chiffre semble sous-évalué tant l'économie chinoise souffre des forts ralentissements de son industrie.

Le coronavirus plane sur l'économie mondiale. Ce lundi, les Bourses du monde entier ont fortement chuté, prises d'une véritable panique. Le CAC 40 a ainsi clôturé en baisse de 3,94%, à 5.792 points. Les propos moins alarmistes du FMI, ce weekend, n'ont donc pas réussi à calmer le stress ambiant.

Pour l'institution, l'épidémie devrait coûter 0,1 point de croissance mondiale. Une projection presque rassurante, tant l'économie chinoise semble affectée par la situation. Ce lundi, sur BFM Business, le conseiller économique de l'institut Montaigne, Eric Chaney, se montrait bien plus pessimiste. "Ce n'est pas crédible" explique-t-il, soulignant que le FMI "cherche peut-être à rassurer, à faire en sorte qu'il n'y ait pas de panique."

Si l'Europe ou les Etats-Unis sont encore peu touchés, au moins économiquement, ce n'est pas le cas de la Chine, deuxième puissance mondiale, qui tourne (au mieux) au ralenti. Certes, de nombreuses usines ont été relancées après une dizaine de jours d'arrêt mais les retombées sont déjà sévères. Vendredi dernier, la Fédération chinoise des constructeurs de voitures individuelles a annoncé une chute de 92% des ventes automobiles les seize premiers jours de février. Lorsque l'on vend environ 60.000 véhicules sur cette période, il ne s'en est écoulé que 4.900. Un énorme coup dur pour le premier marché mondial de l'automobile.

"Un effet extrêmement massif"

Selon UBS, les exportations chinoises devraient baisser de 70% pour la saison du Nouvel an chinois, par rapport à l'année dernière. La consommation intérieure devrait être inférieure de 30%... Finalement, la croissance de la Chine devrait être amputée de 1 à 2 points au premier trimestre, d'après les analystes de la banque suisse.

C'est donc bien l'impact direct sur la Chine, très liée à ses voisins, qui sera déterminant pour la croissance mondiale. "La zone Asie-Pacifique, c'est 45% de la croissance mondiale" rappelle Christopher Dembik, responsable de la recherche économique à Saxo Banque, sur BFM Business. "Donc, a minima sur la chaîne de production, on sait que cela va avoir un effet extrêmement massif sur cette zone essentielle en terme de dynamique de croissance."

Jusqu'à 1,3 point du PIB mondial

La semaine dernière, le cabinet Oxford Economics a réalisé une étude sur l'impacts global de l'épidémie. Si celle-ci se transformait en pandémie, elle coûterait 1,3 point de croissance mondiale, soit 1.100 milliards de dollars de PIB dans le monde en 2020.

Un signal d'alarme à tempérer car il s'appuie sur le scénario catastrophe, où la plupart des pays seraient en situation de crise. A l'inverse, l'hypothèse la plus favorable entraînerait, tout de même, une perte de 0,5 point de la croissance mondiale (400 milliards de dollars). Soit bien plus que la projection du FMI.

Restent plusieurs facteurs à prendre en compte. Evidemment, la longueur et l'expansion de cette épidémie. Va-t-elle s'atténuer d'ici quelques mois, comme cela semble prendre le chemin (elle a reculé en Chine, assure l'OMS) ou bien redoubler de violence et se propager à d'autres pays (comme en Italie)? L'autre question concerne la transparence des informations en Chine, dont les chiffres, même temps normal, doivent être pris avec précaution. Tant sur le plan sanitaire que sur le plan économique, Pékin pourrait être enclin à atténuer les mauvaises nouvelles. Mais le contre-coup pour ses partenaires économiques et l'économie mondiale serait inévitable et visible à terme.

Thomas Leroy