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Chypre: le scénario de la crise peut-il se répéter ailleurs?

Au Luxembourg, le secteur bancaire représente près de 20 fois le PIB du pays

Au Luxembourg, le secteur bancaire représente près de 20 fois le PIB du pays - -

Comme Chypre, le Luxembourg et Malte possèdent un secteur bancaire hypertrophié, et la Slovénie fait face à un nombre important de créances douteuses. Pour autant, ces pays peuvent-ils subir le même sort que Nicosie ?

Jeroen Dijsselbloem a beau avoir effectué un rétropédalage spectaculaire, en déclarant que Chypre était "un cas spécifique" le mal est fait. Interrogé par Reuters et le Financial Times, lundi 25 mars, le chef de l'Eurogroupe a jugé que la résolution de la crise chypriote, pourrait présenter "un cadre de résolution" , expliquant que, désormais, les actionnaires, les créanciers des banques, mais aussi les déposants seraient les premiers mis à contribution pour recapitaliser les banques.

Si la BCE a critiqué cette position, Chantal Hughes, porte-parole du Commissaire européen aux Services Financiers, le Français Michel Barnier, ne donne pas totalement tort à Jeroen Dijsselbloem."Nous voulons retrouver une situation où le contribuable arrête de payer pour les banques", a-t-elle résumé ce mardi 26 mars.

Jeroen Dijsselbloem,dans son interview, a ajouté que "d'autres pays pourrait devoir restructurer leur secteur bancaire". Le message était plus particulièrement adressé à trois pays de la zone euro : le Luxembourg, la Slovénie et Malte.

> La Slovénie rongée par les créances douteuses

Pour beaucoup Ljubljana risque de devenir le prochain maillon faible de la zone euro. En cause, le montant des créances douteuses, c’est-à-dire des prêts qui ont une probabilité élevée de faire défaut, qui atteint 7 milliards d'euros, soit environ 20% du PIB du pays. L'explosion de ces prêts de mauvaise qualité est à lier directement avec la récession dans laquelle le pays a plongé. Au quatrième trimestre 2012, le PIB a ainsi reculé de 2,8% sur un an.

La crise chypriote a naturellement porté les regards vers ce petit pays. A tel point que le ministre des Finances, Andrej Bajuk, s'est efforcé de calmer le jeu en affirmant à l'agence Reuters que "la comparaison avec Chypre, dans ce contexte est complètement inappropriée". Marko Kranjec, membre du directoire de la BCE, a également assuré, le 21 mars dernier, qu'il était convaincu que la Slovénie ne connaîtrait pas le même sort que Chypre.

> Le Luxembourg dominé par le secteur financier

Le grand-duché est clairement le pays où le poids des banques est le plus fort. En 2011, les actifs bancaires se chiffraient à 796 milliards d'euros pour un PIB de 42,6 milliards, selon les statistiques luxembourgeoises. Autrement dit, la taille du secteur bancaire y représente 19 fois le PIB, alors que la moyenne dans la zone euro se situe à 3,5 fois, selon les chiffres de la Fédération bancaire européenne.

Eric Delannoy, vice-président du cabinet Weave, spécialisé dans le secteur bancaire, a toutefois expliqué, lundi 25 mars, sur BFM Business que "la grande différence entre les deux pays est que Chypre est un système bancaire à 80% chypriote. Or dans le cas du Luxembourg la plupart des banques luxembourgeoises sont des filiales de grands groupes étrangers. En cas de problème, ce seront donc d'abord les maisons mères des groupes étrangers qui viendraient à la rescousse.

Selon un rapport du FMI, plus de 90% des actifs bancaires sont détenus, par des banques étrangères au Luxembourg.

> Malte exposé au même niveau que Chypre

Sur le papier, Malte présente bien des similarités avec Chypre. Cette petite île de 420.000 habitants est largement exposée au secteur bancaire. Dans sa cartographie des risques pays, la Coface note ainsi que "le secteur bancaire maltais pèse huit fois le PIB du pays", soit un niveau similaire à celui de Chypre. Mais il précise que "le secteur bancaire maltais est le moins exposé à la crise grecque de la zone euro".

Une différence de taille puisque ce dernier facteur a justement été l'élément déclenchant la crise bancaire à Chypre. Comme le note un rapport du Sénat, la décote imposée aux créanciers privés sur les titres de dette souveraine grecque avait fait perdre 4,2 milliards d'euros aux banques de l'île.

Julien Marion et BFM Business