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Brexit: rencontre entre Johnson et Macron sans «filet de sécurité»

Boris Johnson et Emmanuel Macron devraient évoquer la question du Brexit.

Boris Johnson et Emmanuel Macron devraient évoquer la question du Brexit. - NIKLAS HALLE'N - AFP / Fred Tanneau - AFP

Contrairement à son homologue Angela Merkel, Emmanuel Macron devrait se montrer nettement moins souple face au Premier ministre britannique en visite à Paris ce jeudi. La faute au « backstop ».

Boris Johnson a prévu de rencontrer ce jeudi 22 août à Paris le président français. Une visite qui s’inscrit dans le cadre de la première tournée européenne du Premier ministre britannique depuis son élection en juillet dernier.

Après avoir rendu visite à la chancelière allemande, « BoJo » s’apprête donc à déjeuner à l’Elysée. Sauf que l’accueil devrait être sensiblement différent. Emmanuel Macron étant, somme toute, bien décidé à réaffirmer sa fermeté face aux demandes de Johnson pour renégocier le Brexit.

Souplesse allemande vs fermeté tricolore

De fait, si Angela Merkel considère qu’il s’avère encore envisageable de trouver un accord avec Londres dans les « trente prochains jours ». L’objectif étant d’éviter un divorce non négocié entre le Royaume-Uni et l'Union européenne le 31 octobre prochain. Le chef de l’Etat français a, pour sa part, réaffirmé mercredi 21 août que « la renégociation dans les termes proposés par les Britanniques [n'était] pas une option qui existe. Et cela a toujours été affirmé très clairement par le négociateur » de l'Union européenne, Michel Barnier.

Résultat : le président français se dit dans l’attente « de clarifications » de la part de Boris Johnson. Ce, bien qu’il tienne à ce que les discussions avec Londres concernant le Brexit soient « les plus amicales et confraternelles » possibles.

Le fait est que pour Emmanuel Macron, un « Brexit dur » et donc sans accord émanerait essentiellement de « la responsabilité du gouvernement britannique ». Lequel a, de l’avis du chef de l’Etat français, « toujours la possibilité jusqu'à la dernière seconde de retirer l'article 50 », sur lequel se fonde le Brexit. Un peu plus tôt dans la journée, Emmanuel Macron, contrairement à Angela Merkel, avait fait part de ses réserves quant à la possibilité d’éviter un « hard Brexit » et continuait d’anticiper le très redouté scénario que constitue celui d’un « no-deal ».

Pour couronner le tout, l’Elysée a tenu à rappeler que, même en cas d’absence d’accord, la douloureuse à hauteur de 39 milliards de livres (43 milliards d'euros) que Londres doit à l’Union européenne dans le cadre du Brexit s’avère bel et bien maintenue.

« No deal » sur le « backstop »

Naturellement, ce qui bloque depuis plusieurs mois, c’est évidemment la problématique qui entoure le fameux « filet de sécurité » ou « backstop » prévu dans l'accord conclu entre Londres et l'UE en novembre 2008. Lequel avait, par la suite (qui plus est à de nombreuses reprises) été rejeté par le Parlement britannique.

Or, cette disposition constitue pour l’UE une forme de garantie qui permettrait d’éviter justement qu'émerge après le Brexit une nouvelle fois une frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande au sud qui risquerait de réveiller le conflit sur l'île. Le « filet de sécurité », s’il voyait le jour, permettrait de maintenir l'ensemble du Royaume-Uni dans l'Union douanière avec les pays de l'UE. Et ce, jusqu'à ce que les deux partenaires trouvent une solution pour définir leur future relation.

Aussi, si la rencontre prévue ce jeudi entre Boris Johnson et Emmanuel Macron s’annonce si tendue c’est bien parce que le Premier ministre britannique a fait savoir en début de semaine qu’’il s’opposait à ce filet sécuritaire. Il a donc appelé à rouvrir les négociations sur ce point avec les pays de l’Union.

Intégrité et stabilité

Côté Européens, la priorité tient, d’une part, au fait de préserver « l’intégrité du marché » intérieur, d’autre part, de maintenir la stabilité de l’Irlande. Sauf que pour l’heure, le Premier ministre britannique campe sur ses positions et refuse d’entendre parler du « filet de sécurité ».

Pour quelle raison ? Parce que de l’avis de Johnson, il se révèle actuellement impossible pour le Royaume-Uni que d’accepter l'accord négocié entre l'UE et Londres en l’état. Le mécanisme prévu impliquant, selon lui, que la Grande-Bretagne reste « prisonnière » du cadre légal de l'UE.

En outre, la tournée européenne de Johnson doit s’achever à Biarritz lors du G7. Il s’agira de la première participation du dirigeant conservateur qui en profitera pour rencontrer Donald Trump (qui s’avère un fervent partisan d'un Brexit sans compromis).