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Brexit : l'unité des 27 se fissure sur la frontière irlandaise

Panneau publicitaire contre le rétablissement d'une frontière physique entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord, le 14 novembre 2018.

Panneau publicitaire contre le rétablissement d'une frontière physique entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord, le 14 novembre 2018. - PAUL FAITH / AFP

La frontière irlandaise vient fissurer l’entente affichée par Dublin et Bruxelles, alors que les 27 avaient jusque-là affiché une remarquable unité sur la question. Des couacs que le Royaume Uni tente d'exploiter à son avantage.

La belle unité affichée par les 27 est en train de se fissurer. Jusque-là, Bruxelles avait défendu bec et ongle le principe du non-retour d'une frontière physique entre la république d'Irlande et la province britannique d'Irlande du nord. 

La libre circulation, garante de la paix en Irlande

La libre circulation sur l’île est l'un des piliers de l'accord de paix de 1998, qui a mis fin à 30 ans de guerre civile et garantit la fluidité des échanges entre les deux territoires aux économies intrinsèquement liées.

Mais après le rejet de l’accord négocié par Theresa May et Bruxelles au Parlement le 15 janvier dernier, le scénario d’un divorce sans accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne n’est plus à exclure et le retour de cette frontière en dur semble inévitable en cas de « No deal ». Une catastrophe que Dublin veut à tout prix éviter. 

Le gouvernement irlandais, qui refuse donc toute infrastructure douanière sur l'île, a laissé entendre que les contrôles pourraient être effectués ailleurs, sur les routes ou dans les ports, voire en France, à Calais ou aux Pays-Bas, à Rotterdam !

Frontière passoire

Mais pour Bruxelles pas question que cette frontière ne devienne une passoire et laisse entrer des marchandises non conformes aux standards européens et des migrants irréguliers. « Un produit qui rentre en Irlande du Nord, venant du reste du Royaume-Uni, (…) c’est comme s’il rentrait en Pologne, en France ou au Luxembourg ! Nous devons protéger les consommateurs polonais, français ou luxembourgeois et les entreprises », a averti le négociateur en chef de l’UE sur le Brexit, Michel Barnier, dans un entretien accordé le 23 janvier au journal Le Monde. Ce dernier a tout de même essayé de calmer le jeu : « Nous devrons trouver un moyen concret pour pratiquer des contrôles sans mettre en place une frontière. »

Londres s'engouffre dans la brèche

Ces couacs entre Dublin et Bruxelles ont aussitôt été exploités par Londres. Downing Street s’est engouffré dans la brèche et a proposé ce mercredi à Dublin de négocier un accord bilatéral sur les moyens d’éviter le retour d’une frontière en cas de « No deal ».

Rappelons que le « filet de sécurité », le dispositif prévu pour garantir le non-retour de la frontière irlandaise et qui maintient provisoirement le Royaume-Uni dans l’union douanière, est le principal frein à l’adoption du traité de retrait négocié par Theresa May avec Bruxelles. Pourquoi le mettre en place si les Irlandais eux-mêmes refusent le retour des contrôle, même en cas de « No deal » ? Londres peut rejeter désormais sur Bruxelles la responsabilité d'un éventuel retour de la frontière entre les deux Irlande, alors que cette menace est la conséquence directe du Brexit.

De son côté, le Parlement européen ne ratifiera pas le traité de retrait du Royaume-Uni s'il ne contient pas de « filet de sécurité », a prévenu ce jeudi le groupe de pilotage des eurodéputés sur le Brexit.