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Brexit: inquiète, la Banque d'Angleterre muscle son action

La Banque d'Angleterre agit pour contrecarrer les effets du Brexit

La Banque d'Angleterre agit pour contrecarrer les effets du Brexit - Niklas Hallen - AFP

La banque centrale redoute que le Brexit affaiblisse fortement la croissance britannique. En conséquence, elle a décidé d'abaisser son taux directeur, une première depuis 2009, et d'injecter davantage de liquidités dans l'économie.

La Banque d'Angleterre s'alarme et passe un peu plus à l'action. Ce jeudi 4 août, l'institution britannique a décidé d'abaisser de 0,50 à 0,25% son principal taux directeur, soit son plus bas historique. La banque centrale n'avait plus diminué ce taux depuis six ans, lorsque le Royaume-Uni était encore empêtré dans la récession.

La Banque d'Angleterre a en outre décidé d'injecter davantage de liquidités dans l'économie, en augmentant de 60 milliards de livres (71 milliards d'euros) son programme de rachats d'obligations d'État, et en achetant aussi jusqu'à 10 milliards de livres d'obligations d'entreprises. Elle a enfin lancé un nouveau système pour fournir des fonds à bon marché aux banques.

Une croissance "nettement plus faible"

Toutes ces mesures visent à contrecarrer les effets du Brexit sur l'économie britannique. La BoE a elle même prévu une "croissance nettement plus faible" maintenant que le pays se dirige vers la sortie de l'Union Européenne.

Enfiévré ces dernières années par une montée vertigineuse des prix, le marché de l'immobilier donne depuis des signes de tensions, faisant craindre à certains experts l'éclatement d'une bulle.

La chute de la livre sterling depuis le vote a renchéri le coût des voyages à l'étranger pour les Britanniques et risque d'alourdir le prix des importations et donc des produits vendus dans le pays - la chaîne d'habillement Next a par exemple prévenu mercredi qu'elle pourrait devoir payer jusqu'à 5% plus cher ses importations de vêtements.

Le moral des consommateurs et des industriels a aussi flanché, bien qu'aucun impact marqué ne soit encore perçu du côté de la consommation. Primordial au Royaume-Uni, le secteur des services s'est contracté à un rythme inédit depuis plus de sept ans, a prévenu mercredi le cabinet Markit, qui, comme d'autres spécialistes, évoque un risque de récession.

La Banque d'Angleterre omniprésente

Dans ce contexte difficile, la banque centrale cherche donc encore à rassurer. Son gouverneur, Mark Carney, avait déjà été omniprésent dans les jours qui ont suivi le séisme politique du référendum, apparaissant plusieurs fois à la télévision pour assurer que l'institut ferait le nécessaire pour stabiliser si besoin le système financier.

Cette fois, c'est en actionnant le levier de la politique monétaire que la BoE cherche à maintenir la confiance. A la mi-juillet, elle avait maintenu intacte son orientation lors de la première réunion de son comité de politique monétaire (CPM) depuis le référendum.

Mais la détérioration visible depuis dans les indicateurs a cette fois incité à l'action les neuf membres de son CPM, qui se sont prononcés à l'unanimité pour la baisse du taux directeur.

Effet pervers

"Je préfère prendre le risque d'écraser une noisette avec une masse plutôt que de creuser un tunnel avec un piolet miniature", avait d'ailleurs prévenu l'économiste en chef de la BoE Andrew Haldane, en répondant par avance aux critiques doutant de l'efficacité d'une telle action dans un contexte de taux déjà très bas.

La décision de la BoE pourrait avoir en effet pour effet pervers de limiter encore davantage les marges des banques et les revenus des épargnants: Royal Bank of Scotland a même prévenu récemment ses clients professionnels qu'elle pourrait avoir à leur faire payer pour leurs comptes de dépôts.

Mais la banque centrale était sous la pression d'agir, d'autant que le nouveau ministre des Finances, Philip Hammond, a exclu pour sa part toute initiative gouvernementale pour relancer la croissance avant l'automne.

La livre, qui avait très légèrement rebondi face à l'euro et au dollar avant l'annonce, est fortement repartie à la baisse une fois la décision publiée.

J.M. avec AFP