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"Bernard Madoff de la sneaker": un revendeur de baskets américain soupçonné de fraude à la Ponzi

Michael Malekzadeh est accusé d'avoir vendu des sneakers qu'il n'avait pas (Photo d'illustration)

Michael Malekzadeh est accusé d'avoir vendu des sneakers qu'il n'avait pas (Photo d'illustration) - Tommaso Boddi

Michael Malekzadeh est accusé d'avoir revendu des centaines de milliers de paires de chaussures en édition limitée qu'il n'avait pas.

Ils achètent des baskets de collection à bas prix pour les revendre dans la foulée et empocher une plus-value. "Ils", ce sont les resellers de sneakers, des amateurs de chaussures Nike ou Adidas qui, pour certains, ont fait de la revente de baskets en ligne leur métier. Aux Etats-Unis, Michael Malekzadeh est devenu l’un des plus célèbres de ce milieu. Mais pas pour de bonnes raisons.

C’est dans l’Oregon, son Etat d’origine et berceau du groupe Nike, que Michael Malekzadeh a lancé en 2013 Zadeh Kicks LLC, son entreprise de revente de sneakers. "Depuis son entrepôt (…), il proposait des baskets très recherchées à des prix inférieurs à ceux du marché", relate Bloomberg. Problème: le revendeur aujourd’hui âgé de 39 ans affichait ces tarifs alléchants avant même que les fabricants ne commercialisent le produit.

Michael Malekzadeh est aujourd’hui soupçonné d’avoir monté une pyramide de Ponzi qui aurait permis à son entreprise d’empocher des millions de dollars. Accusé d’avoir escroqué des milliers de personnes, celui qui a été surnommé le "Bernard Madoff de la basket" doit rendre des comptes devant la justice américaine qui l’accuse de fraude électronique, de complot en vue de commettre une fraude bancaire et de blanchiment d’argent. Il encourt jusqu'à 30 ans de prison.

La pyramide de Ponzi est une escroquerie consistant à mettre en place d'un système d'investissement pyramidal dans lequel les premiers clients sont rémunérés ou remboursés par l'argent injecté par les nouveaux arrivants. La pyramide finit par s'effondrer une fois que les nouveaux investisseurs ne sont plus assez nombreux. L'homme d'affaires américain Bernard Madoff est connu pour être l'auteur de la pire escroquerie financière de type Ponzi de l'histoire.

Des milliers de clients lésés

Selon les procureurs, Malekzadeh prenait les précommandes et encaissait l’argent "pour des milliers de baskets qu’il n’avait pas et ne pouvait pas obtenir, du moins à des prix commercialement intéressants", explique Bloomberg.

Certains acheteurs qui commandaient parfois une centaine de baskets ont malgré tout reçu les produits et ont pu se faire un bénéfice en les revendant en ligne dans la foulée. Mais d’autres, victimes du système mis en place, n’ont pas eu cette chance et ont perdu des milliers de dollars. A ces clients, qui n’ont jamais vu la couleur des sneakers commandées ou qui n’en ont reçu qu’une partie, Michael Malekzadeh proposait des cartes-cadeaux en guise de compensation afin de préserver sa trésorerie.

Si ce schéma a fonctionné pendant des années, c’est une paire d’Air Jordan en édition limitée, la 11 Cool Grey, qui a provoqué la chute de Malekzadeh. Alors que Nike fixait le prix de la paire à 225 dollars, Zadeh Kicks LLC les proposait à 115 dollars, avant même la sortie du modèle en décembre dernier. L’engouement a été immédiat. Malekzadeh a vendu au total 600.000 paires et empoché 70 millions de dollars. Seulement voilà, le revendeur ne disposait en réalité que 6000 paires.

6,1 millions de dollars saisis

Depuis l’épisode des Air Jordin 11 Cool Grey, Michael Malekzadeh a fait l’objet d’une enquête judiciaire. Le FBI a saisi 6,1 millions de dollars en espèces à son domicile ainsi que des montres et environ 1000 paires de sneakers de sa collection personnelle. Malekzadeh aurait par ailleurs dépensé une grande partie de ses bénéfices pour s’acheter des voitures de marques Bentley, Ferrari et Lamborghini. Il se serait également payé des sacs, des bijoux, des fourrures et des montres Louis Vuitton pour un total de 3 millions de dollars.

Son entreprise Zadeh Kicks LLC a quant à elle fait faillite. Mais son entrepôt abriterait encore 60.000 paires de baskets, selon le séquestre nommé par le tribunal fédéral. La vente de ces sneakers fait partie des options mises sur la table pour rembourser une partie des clients arnaqués. D’autant que ces chaussures en édition limitée ne sont pas des imitations. Aux yeux des experts de cette industrie, la façon dont Michael Malekzadeh s’est procuré autant de paires rares demeure d’ailleurs un mystère.

Selon son avocate, le revendeur a "volontairement remis Zadeh Kicks et tous ses actifs à un séquestre et a fourni des millions de dollars de ses actifs personnels – y compris de l'argent et des centaines d'objets de valeur – au gouvernement fédéral". "Il l'a fait en sachant que ces actifs serviraient à faire en sorte que les parties qui ont subi un préjudice financier" obtiennent une réparation aussi "juste et équitable" que possible.

Malgré tout, certains clients en colère se sont réunis plusieurs fois devant l’entrepôt de Zadeh Kicks, obligeant Michael Malekzadeh a contacté la police à quatre reprises, selon les médias locaux. Ce dernier aurait également fait installer des caméras de sécurité pour protéger son entrepôt. La semaine dernière, il a plaidé non-coupable des chefs d’accusation qui lui sont reprochés. Sa fiancée est également poursuivie en tant que directrice financière de l’entreprise. Le procès doit débuter en juin 2023.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco