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Avec la mort de l'ancien président de la Fed Paul Volcker, une légende de la finance disparaît

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- - Brendan SMIALOWSKI / AFP

À la tête de la banque centrale des Etats-Unis pendant les années 1980, Volcker avait réussi -au prix d'une récession- à briser la spirale de l'inflation galopante. Rappelé comme conseiller sous Barack Obama, il a inspiré le durcissement de la réglementation vis-à-vis des banques.

Figure tutélaire des marchés financiers, Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, est mort dimanche à l'âge de 92 ans, à son domicile à New York des suites d'un cancer de la prostate, selon sa fille citée par des journaux.

Né dans le New Jersey en 1947, ce Démocrate avait présidé la Banque centrale américaine de 1979 à 1987 où, d'une main de fer, il est parvenu à juguler une inflation galopante. Adepte de la rigueur, il avait ainsi engagé une thérapie de choc en relevant jusqu'à 22% les taux d'intérêt de l'institution, pour endiguer l'emballement des prix au début des années 1980.

Réguler le bancaire

Son action, surnommée le "Volcker Shock" avait alors entraîné une profonde récession en 1981 (un des facteurs auxquels on impute l'échec de Jimmy Carter à se faire réélire), mais aussi ouvert la voie à deux décennies d'expansion économique aux Etats-Unis. Pour ses détracteurs, la crise qu'il a provoqué aura néanmoins laissé des marques trop profondes, avec un accroissement des inégalités qui se fait sentir jusqu'aujourd'hui.

Paul Volcker est revenu sur le devant de la scène avec l'élection de Barack Obama. Nommé conseiller après la crise financière, il a mis en place la règle bancaire qu'on appelle par son nom désormais, afin de dissuader les banques de spéculer pour leur propre compte et éviter ainsi une répétition de la catastrophe des "subprimes" qui a mis l'économie américaine à genoux.

Frugalité

Une silhouette à la De Gaulle, un humour pince-sans-rire, Paul Volcker a traversé sa longue carrière de banquier et de grand commis de l'Etat en artiste de la politique monétaire, doté d'une indépendance farouche. D'origine allemande, il restera toujours un adepte de la frugalité, y compris dans sa vie personnelle, préférant emmener sa jeune épouse, pour leur voyage de noces, dans une petite cabane de pêche plutôt qu'aux Bermudes (comme l'espérait cette dernière).

Encensé pour son "courage", critiqué pour son rigorisme, il restera une figure marquante de l'économie américaine, et notamment de la Banque centrale américaine. Avec un pragmatisme à toute épreuve : "Nous avons eu des récessions avant la Fed, nous avons eu des récessions après la Fed. Tout ce que nous pouvons réellement faire, c'est de remettre de l'ordre après tout cela" expliquait-il.

TL, avec l'AFP