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Avant le G7, Macron et Poutine veulent peser sur la scène internationale

Le président français reçoit son homologue russe, ce lundi, à quelques jours du G7 dont ne fait plus partie Moscou. Mais pour les deux chefs d'Etat, cette rencontre est l'occasion de reprendre du crédit à l'international.

« Je sais qu'Emmanuel veut bien faire, comme tous les autres, mais personne ne parle pour les Etats-Unis à part les Etats-Unis eux-mêmes ». Ecrit début août par Donald Trump, le tweet a fait grincer des dents à l'Elysée. Le président américain réagissait à la possibilité que le dirigeant iranien Rohani puisse assister au G7, qui se déroule à la fin de la semaine à Biarritz. « Sur l'Iran, la France s'exprime en toute souveraineté (...) et elle n'a besoin d'aucune autorisation pour le faire » avait sèchement répliqué le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Une façon pour Paris de rappeler que la France veut encore jouer les premiers rôles sur la scène internationale. La venue de Vladimir Poutine, ce lundi, au Fort de Brégançon pour rencontrer Emmanuel Macron en est une autre preuve. Les deux chefs d'Etat discuteront de la question iranienne mais aussi celle de la guerre en Ukraine et du conflit sanglant en Syrie. Probablement, Emmanuel Macron évoquera la situation des droits de l'Homme en Russie, alors que des manifestations des opposants à Poutine sont régulièrement réprimées. Probablement aussi que le président russe ne se privera pas d'évoquer les violences policières qui ont émaillé la crise des gilets jaunes.

Une victoire pour la crédibilité russe

Une chose est sûre, Emmanuel Macron a les mains libres pour prendre le leadership d'une Europe déchirée. Angela Merkel, en perte de vitesse, n'a plus le crédit ni l'influence pour jouer son rôle traditionnel. Boris Johnson, aussi critiqué à Bruxelles que dans son propre pays, est lui aussi hors-course. Reste Matteo Salvini, apprécié de Poutine, mais ne pouvant parler au nom de la majorité des citoyens européens qui ont voté pour des partis traditionnels aux dernières élections de mai. Alors que la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ne sera investie que le 1er novembre prochain, c'est donc Emmanuel Macron qui veut reprendre la main.

Du côté russe, cette invitation est sans doute une belle victoire. Depuis l'annexion de la Crimée en 2014, Moscou a été exclu du G7 et Poutine ne se rendra donc pas à Biarritz. Cette visite permet donc à la Russie d'exposer ses vues à la France et donc aux pays du G7. Et surtout de montrer qu'elle n'est pas isolée sur le plan international. D'autant plus qu'Emmanuel Macron est, comme expliqué plus haut, l'interlocuteur le plus crédible en Europe.

Le pari perdu de Macron ?

Pour autant, faut-il attendre un réel réchauffement des relations entre les deux pays ? Que ce soit avec la Russie ou les Etats-Unis, Emmanuel Macron a déjà fait les frais de sa bonne volonté. Depuis la fameuse rencontre au Château de Versailles, les relations entre les deux pays ne sont pas au beau fixe. « Je respecte vraiment Vladimir Poutine [...] mais son rêve est un démantèlement de l'Union européenne », s'agaçait le président français l'année dernière.

L'approche française vis-à-vis de la Russie est d'ailleurs un éternel serpent de mer. Faut-il relancer le dialogue malgré le rôle controversé joué par la Russie en Ukraine et en Syrie ? C'est le pari d'Emmanuel Macron. Pour le moment, le chef d'Etat n'a pas réussi à relancer l'Union européenne, ni même réussi à imposer les vues d'une Europe un peu perdue au cœur de la guerre commerciale. La rencontre de ce lundi sera une nouvelle tentative de faire bouger les lignes.

Thomas LEROY