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"Absurde", "regrettable"... la décision de Donald Trump contestée dans le monde entier

Le président américain a officialisé jeudi l'instauration de taxes sur les importations d'acier et d'aluminium. Les dirigeants européens, asiatiques et même des élus républicains aux Etats-Unis ont critiqué la décision de Donald Trump.

Il l'avait promis, il l'a fait. Donald Trump a officialisé jeudi l'instauration de taxes de 25% sur les importations américaines d'acier et de 10% pour celles d'aluminium. La mesure entrera en vigueur dans quinze jours. Le Mexique et le Canada, avec qui les Etats-Unis sont en train de renégocier l'accord de libre-échange nord-américain (Aléna), seront exemptés. 

La Maison Blanche a précisé que tous les pays concernés par les nouvelles taxes à l'importation pourraient entamer des discussions avec les Etats-Unis pour négocier une éventuelle exemption.

Qu'importe ces potentielles dérogations, les critiques fusent de toute part, à commencer par le propre camp de Donald Trump. De nombreux responsables et membres de la majorité républicaine du Congrès américain ont dénoncé la décision du président américain. 

"Je suis en désaccord avec cette décision et j'en crains les conséquences imprévues", a déclaré le président de la Chambre des représentants Paul Ryan, un allié proche et jusqu'ici fidèle du président. Un sénateur républicain, Jeff Flake, a immédiatement annoncé le dépôt prochain d'une proposition de loi visant à annuler ces taxes. "Les guerres commerciales ne sont jamais gagnées, elles sont toujours perdues", a-t-il prévenu.

L'Allemagne s'inquiète et appelle au dialogue

De l'autre côté de l'Atlantique, sur le vieux continent, les déclarations se sont enchaînées:

En Allemagne, 8e fournisseur mondial des États-Unis en acier, loins devant ses autres partenaires européen, la chancelière Angela Merkel s'est dite préoccupée.

"Nous voyons avec inquiétude la hausse des droits de douanes sur certains produits", jugeant que "le mieux serait que nous soyons exemptés" de ces taxes sur l'acier et l'aluminium comme le demande la Commission européenne.

Refusant d'employer le terme "martial" de guerre commerciale, Angela Merkel a néanmoins souligné que cela ne devait pas empêcher "l'Europe de réagir" en mettant en place le cas échéant de mesures de rétorsions visant des produits emblématiques américains. Mais "personne ne gagnera une telle course et c'est pourquoi nous recherchons toujours le dialogue", a-t-elle dit, prônant aussi des discussions avec d'autres pays concernées, "comme la Chine".

En France, le ministre de l'Economie Bruno le Maire a indiqué jeudi soir que la France "regrette" les annonces de Donald Trump. 

"Une guerre commerciale ne fera que des perdants. Avec nos partenaires européens, nous allons évaluer les conséquences sur nos industries et les réponses à apporter", a ajouté Bruno Le Maire dans un message publié sur son compte Twitter.

Le ministre avait déjà prévenu vendredi dernier que de telles mesures ne seraient pas acceptables" et appelleraient "une réponse forte, coordonnée, et unie de l'UE".

Pour l'Union européenne, la commissaire au Commerce, Cecilia Malström, a estimé jeudi soir "que l'UE devrait être exemptée" des taxes douanières sur l'acier et l'aluminium imposées par Donald Trump.

"L'UE est un allié proche des Etats-Unis et nous continuons de penser que l'UE devrait être exemptée de ces mesures", a-t-elle tweeté. "Je vais demander plus de clarté sur cette question dans les jours à venir", a-t-elle ajouté.

Pour mémoire, Bruxelles a présenté une stratégie de riposte face aux taxes américaines. Dans un premier temps, l'Union instaurerait ses propres taxes à l'importation sur des produits américains. Des produits spécifiquement choisis pour envoyer un message politique à Donald Trump: par exemple, ceux d'entreprises les fabriquant dans les États les plus favorables au président américain.

Au Royaume-Uni, le ministre du Commerce international, Liam Fox, a estimé qu'il s'agissait d'une "mauvaise manière" de gérer ces affaires commerciales. 

"Nous pouvons approcher d'une manière multilatérale la surproduction d'acier, mais ceci est une mauvaise manière d'agir en ce qui la concerne", a-t-il dit jeudi soir.

"Le protectionnisme, les taxes, n'ont jamais fonctionné", a ajouté le ministre britannique, précisant qu'il allait se rendre à Washington la semaine prochaine pour des entretiens avec des responsables américains sur les taxes et des possibles exemptions pour les alliés américains.

Il a qualifié de "doublement absurde" la décision de taxer l'acier britannique sur la base de raisons de sécurité nationale alors que cela représente 1% seulement des importations pour la Défense américaine.

Le Canada veut séparer ce débat de celui de l'Aléna

La ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland a fermement rejeté jeudi toute concession du Canada dans le cadre de la renégociation de l'Aléna, comme l'a souhaité le président Donald Trump en exemptant le Canada et le Mexique de taxes sur l'acier et l'aluminium importés.

"Nous traitons comme deux sujets séparés" les taxes sur l'acier et l'aluminium d'une part, et la renégociation de l'Aléna de l'autre, a indiqué Chrystia Freeland.

La Chine dénonce "une attaque", le Japon des mesures "regrettables" 

La Chine a fait part vendredi de sa "ferme opposition" aux mesures mises en place par Donald Trump, Pékin dénonçant une "attaque" du système commercial multilatéral.

"L'abus de la clause de sécurité nationale par les Etats-Unis constitue une attaque délibérée du système commercial multilatéral incarné par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et aura certainement un impact grave sur l'ordre commercial mondial", a estimé le ministère chinois du Commerce. "La Chine s'y oppose fermement".

La Chine est le premier producteur mondial d'acier et d'aluminium mais sa production ne représente qu'une petite partie (2,7% du total pour l'acier et 9,7% pour l'aluminium) des importations américaines, loin derrière celles du Canada, du Brésil ou de l'Union européenne. 

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a assuré jeudi lors d'une conférence de presse que Pékin adopterait "certainement" une "réponse appropriée et nécessaire" en cas de guerre commerciale avec les Etats-Unis.

Tout en imposant jeudi ces nouveaux droits de douane, Donald Trump s'est montré relativement conciliant avec la Chine, évoquant à nouveau des négociations en cours pour réduire le déficit commercial entre Pékin et Washington.

Enfin, le Japon a jugé vendredi "regrettables" les taxes américaines, jugeant que cette mesure pourrait avoir "un impact grave" sur l'économie mondiale

"Nous prendrons les mesures appropriées après avoir étudié avec attention les conséquences sur l'économie japonaise", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Taro Kano. "La mesure pourrait avoir un impact grave sur les relations économiques entre le Japon et les Etats-Unis, qui sont alliés, et également sur l'économie mondiale."
J.-C.C. avec AFP