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"Il n'y a pas de pénurie, les stations se vident trop rapidement", estiment les livreurs de carburant

File d'attente à une station-service de Paris, le 15 octobre 2022

File d'attente à une station-service de Paris, le 15 octobre 2022 - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

Dans les dépôts de carburants, le trafic des camions de livraison bat son plein. Les livreurs qui attendent parfois des heures pour remplir leur camion citerne estiment que ce sont les achats de précaution qui causent la pénurie.

Le jour n'est pas levé, une file de camions citernes ronfle et s'étire devant un dépôt de carburant dans le port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine): ici la distribution aux stations-service a repris lundi après la levée de la grève vendredi chez Esso-ExxonMobil à Port-Jérôme (Seine-Maritime).

Quentin Freltas, chauffeur-livreur, est arrivé à 4h15. Deux heures plus tard, il n'avait toujours pas pu remplir son camion qui attend son tour dans la file d'attente.

A quelques kilomètres de Paris, dans les boucles de la Seine, le dépôt géré par la société Sogepp fait partie de la dizaine de dépôts de carburants qui ravitaillent les stations-service d'Ile-de-France.

Il est alimenté par un oléoduc connecté à la raffinerie Esso-ExxonMobil de Port-Jérôme en Normandie, où la grève des salariés a été levée vendredi, permettant une reprise des livraisons.

Presque tous les slots de chargement sont occupés par un camion en cours de remplissage, en essence ou en gazole. Chacun ira ensuite livrer une station-service cliente, avant de revenir se recharger.

"Il y a plus de trafic que d'habitude", confirme le directeur du site, Wojciech Karnat, en s'adressant à la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, venue suivre la reprise des opérations, alors que le gouvernement veut se montrer actif pour résorber la pénurie de carburants.

"C'est assez tendu"

La consommation de carburant en France "est supérieure à la consommation normale" en ce moment, souligne-t-elle, "parce que les Français sont inquiets et sont allés faire leur plein par précaution".

Ce qui accroît les tensions dans les stations-service, dont les chauffeurs livreurs sont témoins au quotidien depuis le début du conflit pour les salaires qui continue de paralyser les raffineries de TotalEnergies.

"On appelle les stations bien à l'avance pour bien s'organiser pour la livraison", explique Ioneta Pop, rencontrée à Gennevilliers. "Mais c'est assez tendu" et plusieurs fois les forces de l'ordre ont dû intervenir pour discipliner des automobilistes impatients.
"La semaine dernière, des gens (qui attendaient aux pompes) n'acceptaient pas qu'on leur demande d'attendre encore une ou deux heures lorsque la livraison devait être effectuée", ajoute Christophe Belhumeur, chauffeur chez Transport Roullé. "Ils ont peur de se retrouver à sec".
Or de son point de vue, "il n'y a pas de pénurie, c'est juste que les stations se vident trop rapidement. Pour les reremplir il faut qu'il y ait un autre camion qui revienne, sauf qu'il n'y a pas assez de personnel, pas assez de chauffeurs".

"Notre sujet est un sujet de logistique", ajoute la ministre, présente lors de l'échange: "trouver des transporteurs, des chauffeurs, pour acheminer les carburants".

Cinq litres par précaution

Dans la foulée, elle annonce la réquisition de salariés indispensables sur deux sites pétroliers en grève, à Mardyck dans le Nord près de Dunkerque, et à Feyzin dans le Rhône, pour réalimenter des stations des régions Hauts-de France, Auvergne-Rhône Alpes et Bourgogne-Franche-Comté, qui ont des taux de rupture de plus de 30%.

Décisions qui donnent "des journées de 13-14 heures" en ce moment pour des chauffeurs-livreurs comme Quentin Freltas.

"Certains livreurs dorment devant les dépôts" pour être les premiers à pouvoir remplir leur camion le matin et "éviter de faire la queue", dit-il.
"Heureusement il y a un peu moins de monde dans les stations qu'au début de la grève, lorsqu'ils ont parlé de pénurie à la télévision: il y avait des files d'attente de 500 mètres et plusieurs heures d'attente. Maintenant on voit des gens venir demander dix litres, ou même cinq litres, par précaution".
Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi avec AFP Journaliste BFM Éco