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Hercule, la grande réforme d’EDF, s’enlise

Les négociations avec Bruxelles trainent et ne pourront pas aboutir dans les semaines qui viennent. Le projet de réorganisation "Hercule" rencontre trop d’obstacles pour aboutir cette année.

C’était une réunion décisive et elle s’est mal passée pour la France. Mi-janvier, une délégation française s’est rendue à Bruxelles pour rencontrer la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen. La France tente d’arracher une vaste refonte de tout le secteur électrique pour redresser les finances d’EDF. Le gouvernement préconise une augmentation de 20% des prix de l’électricité. En contrepartie, Bruxelles demande plus de concurrence et une scission d’EDF, ce que refuse la France.

Selon nos informations, la présidente de la Commission européenne a été très ferme sur toute la ligne. "Elle est restée sur ses positions et n’a pas voulu accélérer le calendrier" précise une source. Une posture de négociation dure, destinée à faire plier l’Etat français. Bruxelles aurait demandé encore six mois de discussions à la France, un délai trop long pour faire voter la réforme au Parlement d’ici la fin de l’année.

Ça fait dix ans que la commission a EDF dans le viseur, ils ne vont rien lâcher", résume un bon connaisseur du dossier.

La nouvelle échéance de 2023

Officiellement, les négociations continuent mais "ça va prendre du temps" reconnait un proche d’EDF. Officieusement, plus personne n’y croit, notamment du côté du gouvernement. "La Commission n’a aucune raison d’aller vite sauf si la France cède sur les contreparties", décrypte une source. Du coup, la guerre de tranchée risque de durer, au point de reporter la réforme à plus tard.

Un scénario dont semble se contenter le gouvernement qui n’a jamais réellement poussé cette grande réforme. Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, ne l’a jamais beaucoup soutenue. D’autant que la fronde syndicale monte en puissance ces dernières semaines avec quatre journées de mobilisation très suivie chez EDF, malgré le contexte sanitaire. Jeudi, l’association qui regroupe les collectivités locales propriétaires des réseaux de distribution d’Enedis (FNCCR) s’est fendu d’un communiqué au vitriol contre ce projet "Hercule". "Tout le monde est contre" résume un dirigeant d’EDF. Sans parler des parlementaires qui commencent à grogner jusque dans les rangs de la majorité.

Dans les couloirs de Bercy, l’heure est à la résignation. "La réforme a pour but de donner des moyens financiers à EDF pour construire six nouveaux réacteurs, explique une source proche du gouvernement. Et la décision ne sera pas prise avant 2023… ". Les syndicats d’EDF continuent leur mobilisation. Ils tiendront une conférence de presse mercredi pour faire entendre leur opposition.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business