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Face à la vague de restructurations d'entreprises, Bercy recrute des cabinets de conseil

Le ministère de l'Economie.

Le ministère de l'Economie. - Bertrand Guay - AFP

Une vingtaine de cabinets de conseil vont venir épauler les services du ministère de l'Economie, afin d'intervenir plus rapidement auprès des entreprises en difficulté.

Anticipant une vague de restructurations et de rachats, le ministère de l'Economie a présélectionné des cabinets de conseil pour intervenir rapidement auprès d'entreprises en difficulté, dans le but de sauver des emplois et des compétences. A l'issue d'un appel d'offres lancé à l'automne dernier, 22 cabinets ont été retenus, selon un décompte du site spécialisé Consultancy.eu. Ils épauleront les services de Bercy, confrontés à un surcroît d'activité en raison des retombées économiques de la crise du Covid-19.

Le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), qui s'occupe des entreprises d'au moins 400 salariés, a ainsi vu son nombre de saisines passer de 32 en 2019 à 70 l'an dernier, d'après son rapport d'activité publié en mars. "Le Ciri, compte tenu du tsunami de dossiers, ne peut pas se charger de tout et se contente de faire un travail sur les gros dossiers", a expliqué à l'AFP Philippe Grabli, associé senior chez Oneida, l'un des cabinets retenus. Ces consultants, immédiatement mobilisables en cas de besoin, s'occuperont d'entreprises de taille intermédiaire ou de PME en difficulté.

"Au-delà de l'identification de repreneurs potentiels, l'enjeu est aussi d'améliorer les projets de reprise, sélectionner les plus solides en termes de financements et plus ambitieux en termes de reprise d'emplois", fait valoir le ministère. Lorsqu'une société ou une usine est sauvée, "il y a un retour sur investissement par rapport aux moyens" mis en œuvre, car ce "sont des emplois qui sont préservés, une activité qui est maintenue", justifie-t-on de même source.

Les PGE peuvent masquer des situations fragiles

Actuellement, les prêts garantis par l'Etat (PGE) souscrits par plus de 660.000 entreprises permettent à nombre d'entre elles d'afficher un niveau élevé de trésorerie, qui peut cependant masquer des situations fragiles.

Certaines "pensent que parce qu'elles ont le financement, elles gagnent du temps", relève Clotilde Delemazure, en charge du département prévention et restructuration du cabinet Grant Thornton, lui aussi sélectionné. Mais "c'est maintenant qu'il faut qu'elles se posent réellement la question de retour à l'équilibre, à la rentabilité, parce que nous pendent au nez ces sujets de remboursement du PGE sur lesquels on travaille beaucoup".

Si l'obtention d'un premier PGE a été presque automatique pour la plupart des entreprises qui en ont souscrit un l'an dernier, aujourd'hui les banques y regardent à deux fois. Elles "ont compris que ce qui devait être conjoncturel commence à devenir un peu structurel", analyse Jean-Pascal Beauchamp, responsable de l'activité restructuration financière chez Deloitte, un autre lauréat de l'appel d'offres. La question clef, pour le gouvernement comme pour les cabinets de conseil, c'est de trouver des solutions avant que la situation de l'entreprise ne soit trop dégradée.

Selon la volonté du dirigeant, l'arrivée de consultants dans l'entreprise se fait parfois dans le plus grand secret, par crainte de déstabiliser le climat social et de démotiver les salariés, ou au contraire en toute transparence, en concertation avec les élus du personnel.

Une vision objective de la situation de l'entreprise

Jean-Pascal Beauchamp assure que lorsque ses équipes prennent en main un dossier, elles vont "dans les 24 à 36 heures mettre en place un dispositif de soutien". Il explique qu'il faut "déterminer très rapidement une vision indépendante et objective de la situation économique et sociale d'une entreprise, pour qu'elle puisse être communiquée à tous les protagonistes autour de la table", dont les banquiers et les repreneurs éventuels.

"On essaie de promouvoir des plans de reprise à froid" là "où la situation financière est encore correcte", explique pour sa part Philippe Grabli. Mais dans certains cas, la mission consiste à regarder ce qui peut encore être vendu, ajoute-t-il: "Parfois il n'y a pas grand-chose, une grue, quelques équipements", mais il peut y avoir aussi "le savoir-faire du personnel, qui parfois est le meilleur atout pour trouver des repreneurs".

Avec la crise, beaucoup de sociétés vont être amenées à se recentrer sur leur cœur de métier. "Ma spécialité depuis plus 30 ans, c'est de trouver des solutions de reprise pour des filiales ou des branches d'activité de grands groupes (...) qui par nature ne sont pas stratégiques et qui sont très souvent sous-performantes", décrit Benoît Parnet, associé chez Oneida.

J. Br. avec AFP