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Génération Z, Millenials... Zoom sur le rapport des jeunes à l’argent

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La Banque de France vient de publier une enquête sur l’éducation financière des Français et leur rapport à l’argent. Une enquête qui montre « qu’il y a encore du travail !», surtout chez les jeunes...

Les jeunes et l'argent, vaste sujet. Pourtant intéressons-nous plus particulièrement à quelques questions assez inattendues posées lors d'une enquête récente de la Banque de France, et surtout aux réponses des 18-24 ans.

En effet, nous avions déjà la Génération Y, les Millenials. Des digital natives avec lesquels – selon la manière dont on les décrivait généralement - les banques auraient déjà dû disparaître, pour être remplacées par les GAFA. Arrive à présent la Génération Z, née depuis 1996. A croire ce qu’on nous en dit, elle se caractérise surtout par un désir de contact, de sens et d’éthique. Nous avons affaire à une génération en quête d’authenticité et responsable. Ce dont l’enquête réalisée par Audirep pour la Banque de France amène néanmoins quelque peu à douter.

Pour l’ensemble des sondés, le souci éthique n’est pas majoritaire dans la gestion de leurs finances : ils ne sont que 48% à estimer que les banques doivent vérifier l’éthique des entreprises qu’elles financent et seulement 37% déclarent préférer les établissements qui ont un fort engagement éthique. Certes, bien que non majoritaires, ces pourcentages ne sont pas négligeables. Toutefois, ils ne semblent pas particulièrement portés par les plus jeunes. Au contraire, est-on enclins à croire, compte tenu des réponses de ces derniers à quelques questions.

 « Si j’emprunte de l’argent, j’ai l’obligation de le rembourser » : 86% des plus de 65 ans sont d’accord et 77% des répondants dans leur ensemble. Mais le pourcentage n’est que de 68% chez les 18-24 ans.

« Je tiens à rester honnête même si cela me met dans une situation financière désavantageuse » : les répondants sont d’accord à 66% (seulement !). Les plus de 65 ans à 78%. Et les plus jeunes à… 52%

« Si un commerçant me rendait trop de monnaie, je ne lui dirais probablement pas » : 34% des répondants se reconnaissent dans cette affirmation mais seulement 24% des plus de 65 ans, contre 39% de 18-24 ans (mais les 25-30 ans sont 40%).

Drôle de génération éthique… Qui, à travers ses réponses, semble plutôt désireuse de s’enrichir rapidement et surtout facilement. Car les calculs ne sont pas son fort ! A ce point que les taux de réponse que met à jour l’enquête paraissent à peine croyables. S’il s’agit de diviser 1 000 € par 5, à peine les deux-tiers des 18-24 ans répondent correctement (contre 71% des Français sondés et 74% des plus de 65 ans). Et ils sont moins d’un tiers à comprendre l’impact d’une inflation de 2% sur un an (jusqu’à 50 ans, il est vrai, moins de la moitié des répondants le comprennent). C’est sans doute le terme « inflation » qui est mal compris car les plus jeunes sont un peu plus nombreux (41%) à saisir correctement l’impact d’un taux d’intérêt de 2% sur un an.

Dans ses commentaires à l’enquête, la presse souligne que les plus jeunes montrent un peu plus d’appétence au risque que leurs aînés. Mais le comprennent-ils bien ? « Si quelqu’un vous offre la possibilité de gagner beaucoup d’argent, il est probable que vous puissiez également perdre beaucoup d’argent » : les sondés sont dans leur ensemble d’accord à 85% ; les 18-24 ans à 71%. « Il est moins probable de perdre tout son argent si on le place à plusieurs endroits » : 70% des sondés sont d’accord mais seulement 58% des 18-24 ans.

Ces constats peu flatteurs appellent quelques remarques. Les plus jeunes utilisent beaucoup plus que leurs aînés les outils digitaux : ils sont 65% à se servir d’une appli bancaire pour gérer leurs dépenses, contre moins d’une majorité de ceux ayant passé la quarantaine et ils sont 40% à exécuter ou recevoir des paiements à travers leur mobile, contre 20% en moyenne d’ensemble (mais, assez étrangement, les plus jeunes conservent en même temps et beaucoup plus que les autres de l’argent liquide chez eux : 44% contre 18% des 45-54 ans et 22% des plus de 65 ans). Toutefois, si les plus jeunes adoptent – sans surprise – plus facilement le digital que leurs aînés, on peut se demander si la banque sur mobile ne les installe pas dans une relation assez passive vis-à-vis de leurs finances. Si cela n’étouffe pas un peu l’envie d’en savoir plus et de se renseigner.

Par ailleurs, au vu des éléments qui apparaissent ci-dessus, il est difficile de ne pas considérer qu’entre les classes d’âge, la transmission de connaissances et de valeurs est assez lacunaire et que l’école ne remplit plus pleinement sa fonction de sociabilisation. Quoi qu’il en soit, alors que l’on parle de plus en plus d’éducation financière, elle parait bien de plus en plus nécessaire. Car, effectivement, il y a du travail !

Guillaume ALMERAS