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Crédit : pourquoi les Français n’ont-ils pas profité des taux bas ?

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- - Pixabay / Edar

En 2018, 47,8% des ménages français ont contracté un crédit. C'est bien moins qu'en 2001 (53%).

Normalement, moins une chose utile est chère et plus on la consomme. Or le coût des crédits est depuis plusieurs années à un plus bas historique. Le nombre de Français qui en bénéficient a-t-il augmenté en conséquence ? Non. C’est ce qu’indiquent les chiffres récemment publiés du 31e Rapport de l’Observatoire des crédits aux ménages. 

Combien de ménages français ont au moins un crédit ? En 2018, ils étaient 47,8%. Ce pourcentage s’est un peu redressé (46,4% en 2016). Mais il atteignait quasiment 53% en 2001. Les crédits immobiliers ont un peu augmenté : ils concernent 31,4% des ménages. Ils n’étaient que 29,1% en 2001. Mais, malgré l’importante baisse des taux, la part de l’endettement correspondant à l’acquisition de la résidence principale est restée quasiment stable sur dix ans : 23,2% en 2009 et 23,6% en 2018 – cela ne couvre même pas l’augmentation de la population. L’année dernière, 1,21 million de ménages ont souscrit un crédit immobilier. Cela représente une baisse de 5% par rapport à 2017. Pourtant, le très bas niveau des taux, rehaussant le plafond de charge d’endettement que les banques fixent par rapport au revenu imposable, accroît le nombre d’emprunteurs potentiels. En 2006, 1,45 millions de ménages ont souscrit un crédit immobilier.

Depuis 2001, ce sont néanmoins les crédits à la consommation qui se sont effondrés : en 2001, 35,4% des ménages en portaient un. Ils n’étaient plus que 26,8% en 2018. En fait, la chute est surtout intervenue entre 2008 et 2014. Depuis, l’activité s’est redressée (+5,4% de crédits en 2018). Mais le nombre de ménage qui bénéficient d’un crédit à la consommation (26,8%), reste nettement inférieur à celui de 2008 (33,8%).

Au total, sur pratiquement vingt ans, l’endettement des ménages a stagné – ce qui se traduit d’ailleurs par une bonne nouvelle : le nombre de foyers surendettés a baissé. Pour rendre compte de cette stagnation, l’Observatoire des crédits aux ménages renvoie à la manière dont ces derniers appréhendent leur situation financière : moins les gens ont confiance dans l’avenir, moins ils empruntent. Non seulement aux banques mais également à leur familles et à leurs amis : les taux de croissance évoluent dans le même sens dans les deux cas.

Or, quant à la perception de leur situation financière par les Français, les choses ne vont pas en s’arrangeant : en 2001, 20% jugeaient qu’elle s’était récemment améliorée. Ils n’étaient plus que 12,6% en 2018. Tandis que ceux la jugeant plutôt dégradée étaient 23,1% en 2001 et 35,9% en 2018. Ils étaient 4% en 2001 à la trouver nettement dégradée, contre 9,8% en 2018. Comment expliquer toutefois, dans ces conditions, le redressement du crédit à la consommation constaté depuis deux ans ? Par ailleurs, d’autres études font remonter des signaux un peu différents concernant la manière dont les Français jugent leur situation financière.

Les Français se méfient du crédit

Sans rejeter l’explication, ainsi, il faut sans doute la compléter. En termes de comparaisons internationales, le recours au crédit des ménages français présente quelques spécificités (ils utilisent plus les découverts, quand les Anglo-saxons ont davantage recours aux cartes de crédit, par exemple) mais rien qui le distingue fortement. De manière générale, les Français semblent plutôt précautionneux et se méfient du crédit pour combler un manque de revenu. Ils préfèrent dans ce cas reporter ou ajuster leur consommation – les aides et incitations fiscales peuvent assouplir mais non pas inverser cette tendance.

En fait, le crédit semble surtout vu comme ce qui permet d’accéder à un niveau de consommation supérieur. Il dépend donc en fait de la disponibilité et de l’accessibilité des biens désirés. C’est ce qu’on manque souvent de voir. Des phénomènes d’attentisme peuvent ainsi apparaître et cela semble être en partie le cas pour le crédit automobile. Mais il peut surtout se produire que les biens souhaités paraissent inaccessibles. Et c’est le cas pour l’immobilier.

Le phénomène tire en fait son origine des très forts déséquilibres économiques qui, depuis plusieurs années, travaillent à miter les territoires français. Activités et hauts revenus se concentrent presque exclusivement dans quelques régions, en effet. Où la demande immobilière est forte et où les faibles coûts du crédit tirent les prix vers le haut, limitant du même coup le nombre d’acheteurs potentiels. Surtout dans un contexte plutôt pessimiste (que ce phénomène contribue encore à fortement renforcer).

En Ile-de-France ou en PACA, ainsi, les primo-accédants représentent moins d’un tiers des acheteurs. Dès lors, bien qu’en France le nombre de ménages propriétaires de leur résidence principale soit l’un des plus bas d’Europe (avec l’Allemagne), des taux d’intérêt historiquement faibles provoquent une forte hausse des prix et donc des volumes d’endettement – de 2016 à 2018, l’endettement total des Français est passé de 88,8% à 93,9% de leur revenu disponible brut – mais non pas, à proportion, du nombre de ménages bénéficiant d’un crédit. Le paradoxe est ainsi que des taux très bas peuvent finalement… faire renoncer au crédit.

Guillaume ALMERAS