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Architecture ouverte : jusqu’où les banques iront-elles?

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Des solutions d’architecture ouverte se développent. Quelles banques oseront les premières se les approprier et, sautant le pas, proposer à leurs clients un service qui ne soit plus fondé sur des offres propres ?

Connaissez-vous Cobase ? Cette startup créée en 2012 à Mountain View, propose aux entreprises un hub de paiement et de gestion de trésorerie. Très concrètement, une entreprise qui possède des comptes chez plusieurs banques, peut les suivre tous ensemble en s’inscrivant sur la plateforme de Cobase. Il lui est alors facile d’organiser ses paiements et de gérer sa trésorerie, comme si elle disposait de sous-comptes chez un seul établissement. Et l’entreprise n’a besoin de connecter son logiciel de gestion qu’à Cobase.

Celle-ci est à même d’intégrer les comptes de quasiment toutes les banques et fournisseurs de services financiers dans le monde, à travers des APIs ou en utilisant Swift. Et Cobase proposera bientôt un assistant robotisé pour aider les entreprises en matière de netting, pour le pilotage des transactions, ainsi que pour la recherche de crédits aux meilleures conditions chez différentes banques.

Apparemment, Cobase est typiquement un agrégateur de comptes, développant également des services de gestion financière et visant ainsi à ravir aux banques la relation directe avec leurs clients dans ce domaine. Un tel pari n’a rien d’extravagant dès lors que la plupart des PME et ETI sont multibancarisées, ce qui est source, pour elles, d’inefficacités. De sorte que, bénéficiant des dispositions de la Seconde Directive sur les services de paiement, entrée en vigueur en début d’année, Cobase parait un concurrent potentiellement assez redoutable pour les banques.

Pourtant, il n’en est rien. Startup originale et ambitieuse lorsqu’elle s’est lancée, Cobase n’a (comme c’est souvent le cas !) guère intéressé les investisseurs. Elle n’a levé que 40 000 $ auprès du fonds chilien de soutien à l’innovation. Finalement, ING a décidé d’y injecter 7,5 millions €. Et Cobase qui, dans la foulée, a déménagé pour s’installer à Amsterdam, est devenue une filiale d’ING. Bien entendu, cela change tout… pour ING. Laquelle se retrouve ainsi à développer une offre totalement nouvelle.

Bientôt d'autres banques suivront ?

Car Cobase élabore une offre bancaire qui n’est plus prioritairement définie par des produits mais par un service, ouvert sur un univers multibancaire. Dans ce cadre, l’établissement promoteur peut profiter des meilleures opportunités de financement mais son positionnement n’en est pas moins radicalement nouveau. La banque ne répond pas, à travers ses produits, à différents besoins. Elle propose un service d’accompagnement global, où priment à la fois son expertise face à la situation de l’entreprise et sa capacité à faciliter sa gestion de manière optimale. La relation bancaire ne se fonde plus sur l’exclusivité mais doit plutôt cultiver une réelle complicité.

On sent bien que plusieurs établissements précurseurs sont convaincus que l’offre bancaire va désormais évoluer dans cette direction. ING en témoigne avec Cobase mais d’autres banques s’y essaient également. Le Crédit Mutuel Arkéa a ainsi lancé Max, un assistant personnel financier sur mobile, assorti d’un compte de paiement et d’une carte bancaire, qui offre une vue complète sur les comptes de l’usager, quelle que soit la banque où ils sont détenus. Sont également proposés des conseils personnalisés dans les domaines de l’épargne, du crédit ou encore de l’assurance, vis-à-vis desquels une « totale impartialité » est promise : une proposition d’assurance automobile ou de crédit pourra donc très bien provenir d’un concurrent si celle-ci apparaît plus adaptée aux besoins de l’utilisateur. 

Dès lors, quel établissement osera franchir le pas et, le premier, généraliser cette approche ? Dans la mesure où cette révolution des offres bancaires demandera sans doute plusieurs années, tout à la fois pour être précisée, ajustée et pour que les clients s’y habituent, un temps de latence est à prévoir. Les développements devraient ainsi continuer à être portés par des startups ou sous d’autres marques, pour être ensuite progressivement labellisés – comme finira sans doute par le faire ING avec Cobase. Mais, d’ores et déjà, de nouveaux enjeux clés sont apparus : de quelle expertise disposent réellement les établissements ? En quoi celle-ci les distingue-t-elle des autres ? Et quelle est la meilleure et la plus commode façon d’en faire profiter les clients ? La banque en architecture ouverte n’apparaîtra pleinement que demain mais elle sera portée par les établissements qui se posent dès aujourd’hui ces questions devenues stratégiquement cruciales. Nous aurons à en reparler très bientôt.

Guillaume ALMERAS