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La force de Nadal ? Il ne regarde pas la balle, il l’écoute

Rafael Nadal

Rafael Nadal - ICON Sport

La vie est un rythme et l’intelligence du son nous aide à agir en rythme, nous explique le coach Christophe Bourgois-Costantini.

Roland-Garros oblige, il me semble opportun de partager ce qu’apporte l'intelligence rythmo-musicale dans notre vie, parfois à notre insu. Mon interview de Rafael Nadal avait mis en évidence un point fondamental de son succès : il ne regarde pas la balle, il l’écoute. Mieux, quand il a les oreilles rivées sur la balle, il entend les pas et donc le placement de son adversaire.

Savez-vous pourquoi ?

Parce que cette intelligence-là lui vient de son père qui était musicien et réparateur de violons.

Cette intelligence se caractérise à la fois par son omniprésence et son ancienneté : les instruments de musique figurent parmi les découvertes archéologiques les plus anciennes.

Elle est bien antérieure au langage.

Elle désigne l’aptitude à penser en rythme et en mélodie, à être sensible à la musicalité des mots, à l’intonation, au timbre de la voix et des gestes. Elle est notre langage initial, qui prélude aux mots : celui du bébé qui « gazouille », celui, aussi, du premier moyen de communication à longue distance : le tam-tam et les autres tambours qui lançaient les alertes et transmettaient bonnes et mauvaises nouvelles dans les sociétés traditionnelles. Elle apaise les mœurs, affecte nos humeurs et les réactions chimiques qui prennent place dans notre cerveau grâce entre autre à l'ocytocine, hormone du bonheur (présente pendant l'orgasme).

Le son se transmet dans le noir, franchit les obstacles, peu atteindre des gens dissimulés et rend possible la transmission de messages vocaux d'un bout à l'autre d'un territoire.

Les mères ne chantent pas par hasard à leurs enfants. Cela apaise et réconforte. Avant même que le système auditif du nouveau-né soit formé il comprend sa mère. Pourquoi ? Tout simplement parce que lorsque nous vivions dans les grottes, il y avait des guetteurs qui chantaient pour éloigner le danger ce qui permettait de dormir sans peur.

Une chanson douce

Que me chantait ma maman

En suçant mon pouce

J'écoutais en m'endormant

Henri Salvador

Les chansons de mémorisation gardent une place essentielle. Souvenez-vous de la manière dont vous avez appris en chanson vos tables de multiplication. C'est un formidable aide-mémoire pour transmettre le savoir.

Un chercheur de trésors enfouis dans des galions me confiait que de nombreuses trouvailles avaient été réalisées grâce à l'apport de la mémoire orale. L'"Astrolabe" et la "Boussole", deux navires armés par La Pérouse qui avaient disparues corps et biens en 1785, ont été retrouvées un demi-siècle plus tard dans l'archipel de Vanikoro grâce aux chansons ancestrales évoquant le naufrage qui se transmettaient d'habitants en habitants au cours du temps.

De récentes études montrent que la musique favorise l’acquisition du langage : les enfants qui ont fréquenté une crèche musicale pendant deux ans ont un langage plus riche et une mémoire plus développée que la moyenne.

La vie est un rythme (le premier étant le battement du cœur), et l’intelligence du son nous aide à agir en rythme. La musique permet de développer l'intelligence kinesthésique : elle met le corps en action car elle stimule le système nerveux sympathique. Bouger, danser, exercer notre corps et notre esprit représentent un avantage évolutif.

Le rythme et le son se transmettent dans les gènes, de générations en générations. Tous nos ancêtres qui appréciaient la musique ont transmis cela.

La stéréophonie se conjugue à l'intelligence spatiale car elle apporte de la précision dans l'espace et permettait de mieux localiser les prédateurs.

Le regard est "extérieur", le son c'est dans la tête ! Il réunit l'intérieur et l'extérieur.

Dans mes coachings, j’utilise d’ailleurs énormément la voix : au-delà des mots, elle est le reflet de nos connexions intimes et c’est là que transparaissent, en priorité, nos émotions. Plus on apprend à s’habiter, corps et esprit, plus on retrouve la musique des mots et le rythme enfouis en nous. C’est comme si l’on avait une crémaillère bloquée au niveau de la gorge : au fur et à mesure du coaching, ce blocage se libère, la crémaillère descend jusqu’au bas du ventre. La voix se pose, elle subjugue…elle est souvent l’apanage des grands politiques.

Cette intelligence est aussi celle de l’écoute.

Apparemment Laurent Wauquiez en est doté puisqu'il a finalement démissionné.

Christophe Bourgois-Costantini