BFM Business

Wirecard : derrière le scandale financier, une affaire digne d'un roman d'espionnage

L'ancien directeur des opérations de Wirecard est au cœur du scandale, soupçonné d'avoir détourné des centaines de millions d'euros.

L'ancien directeur des opérations de Wirecard est au cœur du scandale, soupçonné d'avoir détourné des centaines de millions d'euros. - AFP

Introuvable depuis le 23 juin, l'ancien directeur des opérations de Wirecard, l'Autrichien Jan Marsalek, est soupçonné d'avoir détourné des centaines de millions de dollars, notamment utilisées pour organiser des fêtes luxueuses. Il entretiendrait par ailleurs des relations avec les services de renseignements autrichiens et britanniques.

Le scandale financier de la société allemande Wirecard tourne au roman d'espionnage: l'homme d'affaires au centre du scandale, un Autrichien en fuite, est soupçonné de liens avec divers services de renseignement et a soigneusement effacé ses traces.

Cet homme, Jan Marsalek, a refusé à ce jour de se livrer à la justice allemande qui a délivré un mandat d'arrêt contre lui pour fraude et falsification de bilan.

Ancien directeur des opérations du prestataire de paiements en ligne, il est soupçonné d'être mêlé à l'un des plus grands séismes boursiers de l'histoire allemande, avec la découverte le mois dernier de comptes fictifs à hauteur de 1,9 milliards d'euros censés appartenir à Wirecard aux Philippines et sous la responsabilité de l'homme d'affaires aujourd'hui volatilisé.

Des liens avec le parti d'extrême droite FPÖ?

Désormais, pratiquement chaque jour apporte son lot de révélations sur les dessous de cette affaire rocambolesque. Le quotidien autrichien Die Presse affirme ainsi aujourd'hui que Jan Marsalek aurait été lié aux services de renseignement autrichiens (BVT) et aurait également informé le parti autrichien d'extrême droite de ce pays, le FPÖ, en transmettant à plusieurs reprises des informations confidentielles des services de sécurité intérieure et du ministère de l'Intérieur.

Tout serait passé par un intermédiaire, Johann Gudenus, un proche du chef du FPÖ de l'époque, qui tenait ses informations d'un ancien ami, qui lui-même les tenait d'un "Jan du BVT".

Selon le journal, il s'agissait donc de Jan Marsalek, dont les liens avec le BVT dateraient des débuts de Wirecard. Des agents de cette agence de renseignement avaient aidé à vérifier la solvabilité de sites pornographiques en ligne, un secteur par lequel Wirecard a démarré ses activités en 1999. Jeudi, l'actuel chef du FPÖ, Nobert Hofer, a déclaré ne pas connaître Jan Marsalek.

Poison russe

En parallèle, l'homme d'affaires au cœur du scandale s'est distingué au Royaume-Uni courant 2018 en disant disposer de documents secrets sur l'utilisation d'une arme toxique russe sur le sol britannique.

Digne d'un personnage des romans de John le Carré, il l'aurait fait pour se vanter devant des contacts d'affaires londoniens de ses liens supposés avec les services de renseignement britanniques, a révélé le Financial Times.

Ces documents épluchés par le quotidien comprenaient la formule d'un composant utilisé dans l'empoisonnement de l'ex-agent double Sergueï Skripal et de sa fille dans le sud de l'Angleterre en mars de la même année.

Ces détails viennent éclairer d'un jour nouveau les méthodes pour le moins étranges du dirigeant ayant contribué à l'ascension météorique de la jeune fintech. Jan Marsalek est en effet entré au directoire de Wirecard au début des années 2000, à seulement 30 ans et sans posséder de diplôme d'études secondaires, mais muni d'un grand charisme, relate le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.

L'argent a vite coulé à flot et Wirecard, fort de ses 6.000 salariés, fut un temps le "chouchou" de la Bourse de Francfort où elle a valu jusqu'à 23 milliards d'euros.

"Femmes nues et champagne"

Concernant sa vie privée, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung évoque des fêtes luxueuses organisées entre Kitzbühel et Moscou, avec "des femmes nues, du champagne et des gros paquets d'argent".

Des proches de Jan Marsalek avancent qu'il a détourné une somme qui se chiffre en "centaines de millions d'euros" des coffres de Wirecard et qu'il entretient des "contacts étroits avec des agents du renseignement de divers pays", selon Süddeutsche Zeitung.

Ces relations supposées ont pu l'aider à organiser sa fuite, la presse allemande le soupçonnant d'avoir acquis une fausse identité pour mieux disparaître dans la nature. Sa trace se perd officiellement aux Philippines, là où le pot-aux-roses a été découvert.

Selon les données enregistrées par le service d'immigration philippin, l'Autrichien serait entré à Cebu le 23 juin - soit au lendemain de son éviction de Wirecard - et en serait reparti dès le lendemain pour se rendre en Chine.

Mais le secrétaire d'Etat philippin à la Justice Menardo Guevarra a nié sa présence dans son pays à ces dates et il n'est semble-t-il jamais arrivé en Chine. Une enquête a été ouverte contre des agents des services d'immigration philippins accusés d'avoir émis de faux documents à son profit.

QS avec AFP