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Voiture autonome: et si demain, vous n’aviez plus d’assurance auto?

Il y aura toujours des accidents, comme de petits impacts, ou de plus gros dégâts, car une voiture autonome dérape sur le verglas et finit dans le fossé.

Il y aura toujours des accidents, comme de petits impacts, ou de plus gros dégâts, car une voiture autonome dérape sur le verglas et finit dans le fossé. - Gellinger - CC

Si les sinistres existeront toujours, même avec la généralisation des voitures 100% autonomes, l’assurance auto pourrait elle bien disparaître sous sa forme actuelle. Comme le conducteur. Entre les deux, une période de transition se dessine.

En 2030, à Paris, une personne sur deux empruntera une voiture autonome pour ses trajets. Cette anticipation du patron du salon Autonomy, Aymeric Weyland, promet une capitale moins embouteillée. Elle pose aussi question aux assureurs. "L’assurance automobile telle que nous la connaissons n’aura probablement plus cours, résume Denis Bicheron, expert automobile pour le courtier Gras Savoye. Dans une voiture totalement autonome, le conducteur n’a plus de rôle, l’assurance individuelle n’a donc plus de sens. Se déplacer en voiture autonome se comparera à être passager d’un train". Finie donc l’assurance automobile, à côté de l’assurance individuelle et de l’assurance de la maison. Or, les accidents ne vont eux pas disparaître. Tout du moins pas tout de suite. Les assureurs, eux, tâtonnent.

Il y aura toujours des accidents

"C’est une certitude, le nombre d’accidents va diminuer, mais alors que certaines études prévoyaient une baisse de 80 à 90%, elle ne s’annonce finalement pas si importante. Ou du moins pas à court terme", poursuit Denis Bicheron.

Soyons clairs : il y aura toujours des accidents, comme de petits impacts, car la portière d’une voiture autonome cogne dans une autre voiture, ou de plus gros dégâts, car une voiture autonome dérape sur le verglas et finit dans le fossé. "D’ici seulement 40 à 50 ans, les accidents baisseront réellement, quand les voitures seront 100% autonomes avec des infrastructures adaptées", ajoute Denis Bicheron.

Entre-temps s’est ouvert une période de transition, où se pose une seule grande question : qui est responsable, si ce n’est plus le conducteur ? La réflexion a déjà commencé. Volvo, Audi, Mercedes ou Google ont déjà reconnu qu’ils seraient désormais responsables, car ils ont développé et commercialisé la voiture autonome. Mais en cas de défaillance logicielle, ou de souci sur une commande "by wire" de la direction ou des freins, ils pourraient tout aussi bien demander aux équipementiers de porter cette responsabilité.

Les cas vont devenir plus complexes, peut-on lire sur le blog Assurance des consultants Wavestone. Vu le condensé de technologies, les voitures coûteront aussi beaucoup plus chères à réparer. Allianz propose une assurance 25% moins chère aux conducteurs dont la voiture est équipée d’aides à la conduite (les premières briques technologiques vers la voiture autonome). La Matmut s’est associée au laboratoire Rouen Normandy Autonomous Lab pour appréhender l’arrivée de la voiture sans conducteur. Google proposera lui à ses clients de ne souscrire une assurance que pour le temps où ils emprunteront une de ses voitures autonomes. "Avec ces nouveaux usages, une partie du marché de l'assurance serait transférée vers le marché des flottes dans une logique B2B", explique Jean-Louis Delpérié, expert chez Exton Consulting, dans Les Echos.

Un nouveau risque, la cybersécurité

Les assureurs vont également devoir affronter un nouveau type de risque : la cybercriminalité. Sans aller jusqu’à la prise de contrôle de dizaines de voitures en même temps par des hackers, comme dans le dernier épisode Fast&Furious, des hackers pourraient rançonner des entreprises en bloquant l’utilisation des voitures, comme ils bloquent aujourd’hui un ordinateur. "Ainsi les compagnies d'assurance qui tireront leur épingle du jeu lors de la commercialisation des voitures autonomes seront celles qui sont, à l'heure actuelle, capables d'assurer les constructeurs, les développeurs d'algorithmes ainsi que les cyberattaques", souligne l’assureur XL Catlin.

Avant même que les voitures de plus en plus autonomes arrivent progressivement sur le marché (la législation interdit toujours aujourd’hui de lâcher les mains du volant, et de ne plus surveiller la conduite), les assureurs rencontrent déjà un premier obstacle : celle de l’accès aux données du véhicule, indispensable pour mettre au point les nouvelles formes assurantielles. Une bataille dont l’enjeu est de taille. Avec le passage d’une assurance de particuliers à une assurance de flottes ou de constructeurs, le montant du marché de l’assurance automobile se réduira, prévoyait l’année dernière le cabinet Ptolemus.

Pauline Ducamp