BFM Business

TOUT COMPRENDRE - Pourquoi la SNCF mise beaucoup sur sa ligne Paris-Lyon

L'opérateur multiplie les annonces autour de cette ligne hautement stratégique qui concentre notamment beaucoup de voyageurs professionnels, la machine à cash de la SNCF.

La SNCF a annoncé ce mardi une série de nouveautés pour les voyageurs de sa ligne à grande vitesse Paris-Lyon. Des annonces qui n'ont rien du hasard et qui répondent à une série d'enjeux pour l'opérateur. Panorama.

• Une ligne hautement stratégique

Comme le souligne la SNCF, la liaison Paris-Lyon-Paris est une référence de la grande vitesse SNCF depuis 1981, avec, en 40 ans, un nombre de clients qui a doublé.

Concrètement, c'est la ligne à grande vitesse la plus empruntée d'Europe, elle représente un tiers du trafic TGV national, c'est tout simplement sa ligne la plus rentable et même une des seules lignes à grande vitesse rentable en France.

Elle accueille par ailleurs des liaisons transeuropéennes majeures, avec l’Espagne, l’Italie et le Nord de l’Europe.

Selon les chiffres de SNCF Réseaux, elle a transporté près de 45 millions de personnes en 2017 contre 41 millions en 2008, 35 millions en 2005 et 20 millions en 1992.

• Des professionnels à chouchouter

Selon les données de la SNCF, entre un tiers et la moitié des voyageurs empruntent cette ligne pour motif professionnel. Or, cette catégorie représente pas moins de 40% du chiffre d'affaires global du transporteur pour 20% du trafic.

Alors que ces voyageurs professionnels reprennent progressivement le train, que de plus en plus d'entreprises privilégient ce mode de transport face à l'avion pour des liaisons de plus en plus longues, la SNCF multiplie les attentions pour cette cible.

La 1ère classe évolue et se veut comme "un véritable espace de travail personnel" avec "une grande tablette et une petite tablette additionnelle, un miroir de courtoisie, une prise 230V et port USB, une meilleure inclinaison du siège.

Cela se traduit aussi par la création d'une nouvelle classe à bord, la Business Première plus confortable, plus équipée, ou encore avec un espace dédié dans le salon Grand Voyageur, un embarquement accéléré, un repas à sa place offert, une offre plus complète sur le portail de contenus en ligne, la possibilité de réserver un taxi, de contacter directement le chef de bord, plus de flexibilité dans le changement de billet...

Le TGV se rapproche ainsi de l'avion et de sa classe Business.

Tous les voyageurs auront en outre accès à un port USB par siège et un réseau wifi "performant". Bref, la SNCF mise clairement sur une montée en gamme de son offre pour séduire et fidéliser cette cible.

• L'arrivée de la concurrence

"Quarante ans, précisément, après son inauguration, et au moment où le marché s’ouvre à la concurrence, la ligne Paris-Lyon tourne une nouvelle page", déclare Christophe Fanichet, le PDG de SNCF Voyageurs.

En effet, près de deux ans après l'ouverture à la concurrence des lignes à grande vitesse de la SNCF, Trenitalia sera le premier à se frotter à la SNCF sur la ligne Paris-Lyon-Turin-Milan. Le premier concurrent étranger de la SNCF devrait démarrer ses opérations avant la fin de l'année.

Le Zefiro, le TGV de l'italien Thello devrait circuler en France à partir d'octobre.
Le Zefiro, le TGV de l'italien Thello devrait circuler en France à partir d'octobre. © Thello

Rien d'étonnant de le voir débarquer sur l'axe le plus rentable de la SNCF. Mais le transporteur prépare cette arrivée depuis longtemps déjà.

D'un côté, la SNCF a musclé son agressivité tarifaire avec l'offre low-cost Ouigo pour contrer le groupe italien sur la cible des voyageurs classiques, de l'autre, elle met donc en place cette montée en gamme auprès des professionnels. D'autant plus que Trenitalia propose aussi une classe supplémentaire premium pour ces voyageurs et semble bel et bien viser en priorité cette cible (même si son offre est encore entourée de mystères).

"C'est important. Trenitalia a une offre intéressante avec trois classes de voyage dont une premium. Mais ils vont être confrontés à un vrai sujet: la fréquence or c'est une dimension très importante pour le voyageur d'affaires", nous expliquait Alain Krakovitch, directeur de Voyages SNCF.

C'est sur ce point que la SNCF entend se différencier de son concurrent. Alors que dans un premier temps, Trenitalia proposera deux rotations quotidiennes, la SNCF met en avant 22 allers et retours quotidiens rien que sur les TGV Inoui.

Entre ses prix bas difficiles à battre, ses services dédiés et son nombre de trains, la SNCF espère bien asphyxier l'opérateur transalpin et envoyer un signal fort à ceux qui seraient tentés de se lancer comme l'espagnol Renfe.

• Un gâteau plus gros à partager

La SNCF affiche sa sérénité face à cette nouvelle concurrence. Surtout, elle estime que le gâteau va finalement grossir avec ces nouveaux acteurs. "C'est plus de possibilités de ferroviaire aux clients et c'est donc plus de clients pour le ferroviaire globalement", insiste Alain Krakovitch au micro de BFM Lyon.

L'opérateur met en avant son expérience en Espagne où ses TGV Ouigo ont débarqué entre Madrid et Barcelone "c'est une augmentation de 20% de la fréquentation des trains", estime-t-il.

Olivier Chicheportiche