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Tout ce que va changer l'ouverture de la LGV Paris-Bordeaux 

La ligne à grande vitesse Paris-Bordeaux est inaugurée ce mardi en Charente par le président de la République François Hollande.

La ligne à grande vitesse Paris-Bordeaux est inaugurée ce mardi en Charente par le président de la République François Hollande. - Mehdi Fedouach - AFP

La nouvelle ligne à grande vitesse reliant Bordeaux à Paris en 2 heures est inaugurée ce mardi, en Charente, par François Hollande. La circulation des TGV débutera, elle, le 2 juillet. Avec des impacts déjà mesurables et d'autres qui le seront bientôt.

Après des années de travaux gigantesques, la nouvelle ligne à grande vitesse Paris-Bordeaux est enfin inaugurée ce mardi 28 février en Charente par François Hollande. Le président de la République se rend à Villognon, au Nord d'Angoulême, là même où sera implantée la base de maintenance pour les TGV qui circuleront à compter du 2 juillet sur cette ligne. On a presque tout dit sur cette nouvelle ligne. Mais un petit rappel n'est pas superflu.

Quels seront les temps de trajet?

Poitiers - Paris : 1h18 contre 1h40 aujourd'hui. Gain: 22 minutes.

Angoulême - Paris : 1h43 contre 2h40 aujourd'hui. Gain: 57 minutes.

Bordeaux - Paris : 2h04 contre 3h15 aujourd'hui. Gain: 1h11.

La Rochelle - Paris : 2h26 contre 3h20 aujourd'hui. Gain: 54 minutes.

Agen - Paris : 3h10 contre 4h30 aujourd'hui. Gain: 1h20.

Bayonne - Paris : 3h53 contre 5h05 aujourd'hui. Gain: 1h12.

Pau - Paris : 4h09 contre 5h30. Gain: 1h21.

Toulouse - Paris : 4h10 contre 5h30. Gain: 1h20.

Combien a coûté le chantier?

Ce projet aura nécessité plus de 5 ans de travail pour un budget total de 7,8 milliards d'euros. Un chantier colossal financé à travers un partenariat public-privé mettant à contribution plus de 50 collectivités qui ont apporté au total quelque 3 milliards d'euros.

Sur cette nouvelle ligne, la SNCF a prévu de faire circuler des TGV de nouvelle génération. Les premiers exemplaires de ces rames construites par Alstom (voir plus loin) circulent depuis la fin décembre, sur la ligne Paris-Bordeaux-Toulouse. Lorsque la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique sera ouverte au trafic en juillet, 17 rames rejoindront le parc pour atteindre 40 rames à fin 2019. Ce nouveau TGV pourra transporter 10% de voyageurs en plus par rapport au matériel précédent, soit un total de 556 places par rame.

Le prix des billets de train va-t-il flamber?

C’est la grande question à laquelle la SNCF ne souhaite pas encore répondre. "La gamme de prix Bordeaux-Paris est en cours de finalisation et d'homologation avec le ministère des Transports. Je ne peux donc pas encore vous donner les montants", expliquait en janvier à La Tribune Rachel Picard, la directrice générale de Voyages-SNCF. Aujourd'hui encore, la SNCF se refuse à lever le voile sur sa politique tarifaire. Il faudra attendre le mois prochain pour découvrir l'impact financier du gain de temps offert aux passagers. Les usagers redoutent une flambée des prix par rapport aux prix actuels. Pour la première fois, la construction du réseau a en effet été financée en majorité par un consortium privé, Lisea, au sein duquel Vinci possède 33% aux côtés de la Caisse des dépôts et de fonds (Meridiam, Ardian). En contrepartie du financement, le consortium a obtenu une concession de la ligne pour 50 ans entre 2011 et 2061. La SNCF devra payer un "péage", ce qui fait craindre une flambée des prix des billets pour rentabiliser la ligne.

Car le péage serait bien plus coûteux que sur les LGV actuelles, péage que la SNCF juge déjà très élevé. Chaque passage de train lui coûtera 50% plus cher que sur Paris-Lyon par exemple. Pour réduire ce coût et donc le prix du billet, la SNCF souhaitait limiter le nombre d’allers et retours et privilégier les trains plus longs. Car le montant du péage dépend du nombre de rames qui empruntent la ligne et pas du nombre de passagers. C’est finalement le consortium qui a obtenu gain de cause avec 33 allers et retours quotidiens dont 18 directs Paris-Bordeaux. La ligne ne sera pas rentable assure la SNCF. Mais dans quelle mesure?

À quoi ressembleront les nouvelles rames?

Qui dit nouvelle ligne, dit en général nouvel aménagement. Et il faut bien avouer qu'avec cette nouvelle ligne, le fleuron de la SNCF prend un coup de jeune. D'abord au niveau technologique. "Ce TGV sera connecté avec du Wifi embarqué pour nos clients", explique Guillaume Pepy, le patron de la SNCF. Une technologie omniprésente dans les rames avec notamment la possibilité d'avoir des informations en réalité augmentée au wagon-bar ou dans l'espace nurserie. Les fauteuils auront droit à leur mise à jour technologique.

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Si les prises de courant seront désormais présentes en seconde ainsi que des connectiques USB personnelles, les sièges de première sont littéralement transformés en bureaux connectés. Derrière la tablette se trouve en effet un bloc qui propose une prise de courant, un port USB ainsi qu'une petite liseuse personnelle. Le siège dispose en outre d'une seconde mini-tablette permettant de brancher son smartphone. C'est bel et bien sur la première classe que le gros de l'effort de la SNCF a été porté. Avec, d'abord, une nouveauté dans l'organisation des sièges: ils seront presque tous (en dehors du carré) orientés dans le sens de la marche. Une innovation inspirée du Shinkansen japonais qui le propose à tous ses passagers, y compris en deuxième classe. Le repos est par ailleurs facilité, assure la SNCF, grâce à une inclinaison plus importante par rapport à l’ancien modèle (+10 degrés). Sous chaque siège, un bagage peut être glissé afin de ne pas encombrer l’espace pour les jambes. 

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Quel impact sur les prix de l'immobilier à Bordeaux?

De nombreux sondages placent Bordeaux en tête des villes françaises les plus prisées par les Français pour sa qualité de vie, sa proximité avec la mer et ses vignobles. Et depuis quelques années, l’image de marque de la préfecture girondine a bénéficié de l’arrivée attendue de la LGV. Mais cet attrait pour la métropole n’est pas sans conséquence sur l’immobilier bordelais. Après avoir bondi de plus de 40% au cours des 10 dernières années, le prix médian des appartements à Bordeaux a grimpé de 10% sur un an à fin septembre 2016, atteignant 3.330 euros/m², d'après les notaires de France.

Interrogé par Sud-Ouest, un notaire installé dans la région explique que cette envolée des prix est liée tout d’abord au flux démographique. Selon lui, "le Nord-Est se vide, le Sud-Est souffre d’un trop plein, donc le Sud-Ouest accueille ces populations, notamment la métropole bordelaise". Ensuite, l’offre de logements reste inférieure à la demande, ce qui fait grimper les prix. "Enfin, Bordeaux est un pôle d’attraction régional, avec le rayonnement Unesco, le guide Lonely Planet qui la classe comme ville la plus tendance au monde (…)", précise le professionnel.

>> Retrouvez les prix de l'immobilier dans toutes les villes de France

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- © La Vie Immo

Dans une étude sur l’investissement locatif, Jean-François Hirigoyen et Florence Métaire, agents immobiliers Guy Hoquet à Bordeaux, soulignent de leur côté la très forte hausse de la demande depuis le début d’année, sur un marché bordelais qui manque de biens, surtout dans le centre-ville. De plus, "portée par sa rénovation, l’arrivée de la LGV et son patrimoine, la ville attire une grande part de non-Bordelais et d’investisseurs qui souhaitent acquérir un pied à terre. L’hyper-centre attire beaucoup de retraités, de clients étrangers et parisiens, et environ 50% d’investisseurs qui pratiquent avant tout la location saisonnière", constatent-ils.

+40% en 10 ans, +10% l'an passé... faut-il s'attendre à une explosion des prix dans la capitale de la Nouvelle-Aquitaine? Dans un entretien accordé à La Tribune, Catherine Coutellier, patronne des syndics de la région, tire la sonnette d'alarme. Selon elle, "il ne fait pas de doute qu'avec l'arrivée de la ligne à grande vitesse", l'attraction de Bordeaux va s'amplifier. "Le risque c'est d'assister à une explosion des prix. Le programme des Bassins à flot est porté à 90% par des investisseurs, avec des prix qui sont montés à 4.500 euros/m²: ce qui auparavant ne se trouvait que dans l'ancien de prestige, en plein centre... Sans compter que bientôt Bordeaux aura un port de plaisance avec 300 ou 320 anneaux", martèle la présidente.

L'immobilier d'entreprise dopé par "l'effet LGV"?

"L’effet LGV" est également palpable dans l’immobilier de bureaux. En 2016, le montant des investissements dans l'immobilier d'entreprise à Bordeaux s'est élevé à 400 millions d’euros sur 37 opérations, soit nettement plus que les 135 millions de 2015, a déclaré Cédric Chaignaud, vice-président et trésorier de l'Observatoire immobilier d'entreprise de Bordeaux Métropole (OIEB), cité par La Tribune.

Directeur général de Bordeaux Gironde Investissement, l'agence de développement économique chargée d'attirer de nouvelles sociétés et de les orienter, Robert Ghilardi de Benedetti ressent pour sa part "l'effet LGV" depuis plus d'un an. "Nous traitions auparavant environ 35 dossiers d'implantations d'entreprises par an, générant 900 emplois. En 2015 comme en 2016, nous avons doublé: nous en sommes à près de 70 dossiers pour 1.400 emplois. Ixxi, filiale de la SNCF, s'est installée dans la métropole, Axa Wealth Services également et d'autres projets avec Axa sont en cours. Beaucoup de dossiers concernent le secteur du numérique mais pas tous", explique-t-il au journal.

Frédéric Bianchi et Julien Mouret