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Sécurité active : les constructeurs automobiles sont-ils allés trop loin?

Signaux sonores et visuels omniprésents, corrections de trajectoire intempestives... Les automobilistes ne seraient-ils pas en train de se lasser des systèmes de sécurité active... qu'ils ont été les premiers à plébisciter?

Signaux sonores et visuels omniprésents, corrections de trajectoire intempestives... Les automobilistes ne seraient-ils pas en train de se lasser des systèmes de sécurité active... qu'ils ont été les premiers à plébisciter? - Tolga Akmen / AFP

Résultat surprenant d'une enquête du cabinet américain JDPower: de plus en plus d'automobilistes se disent "agacés et distraits" par les systèmes de sécurité de leur voiture.

Alors que l'électronique et les systèmes de sécurité active (correction de trajectoire, freinage d'urgence, alertes de proximité, etc.) prennent une part croissante dans nos voitures, et que les constructeurs vont vers des véhicules toujours plus intelligents et autonomes, l'automobiliste, lui, semble montrer une certaine forme de lassitude.

Le cabinet américain JDPower, spécialisé dans les transports et la mobilité, a mené une enquête sur 16.400 automobilistes, pour leur demander leur avis sur les systèmes de sécurité embarqués. Le résultat est surprenant. Alors que, par ailleurs, l'automobiliste lui-même exige de plus en plus de sécurité dans sa voiture, 23% des utilisateurs interrogés estiment que les systèmes actuels deviennent une gêne et même une source de distraction.

Mieux (ou pire): 61% de ces utilisateurs gênés admettent qu'ils les désactivent pour éviter d'être distraits par les signaux sonores et visuels, par les freinages d'urgence et les changements de trajectoire générés par leur véhicule. "Si on les écoute", explique Kristine Kolodge, responsable de l'étude, "ils nous disent avoir l'impression d'avoir à côté d'eux un père ou une mère hystérique qui leur fait tout le temps des remarques désobligeantes sur leur conduite. Evidemment, quand on conduit, on n'a pas envie d'être sans cesse dérangé par quelqu'un qui va vous dire que vous ne conduisez pas bien".

Un obstacle sur la route vers l'autonomie?

Au total, seuls 21% des automobilistes interrogés jugent ces systèmes utiles et peu dérangeants, sans vraie distinction de génération ou de clientèle notable. Les constructeurs peuvent donc nourrir de réelles interrogations à ce sujet, tant ces systèmes prennent une place croissante dans la conception même des automobiles actuelles, et qu'ils constituent pour beaucoup une réelle plus-value et un argument de vente.

"Si l'automobiliste commence à être dérangé par les systèmes de sécurité de sa voiture, comment pourra-t-il accepter le concept de véhicule autonome?", s'interroge Kristine Kolodge. "Cela pourrait même constituer un signal très négatif alors que l'ensemble des constructeurs mondiaux sont en train d'y investir des sommes colossales. Le phénomène est clairement à surveiller", conclut-elle.

Vers une connectivité plus raisonnée

Autre enseignement de l'enquête, les constructeurs vont peut-être devoir également réfléchir à leurs priorités en termes de connectivité. Elle a explosé dans les véhicules récents, grâce à l'implantation des systèmes Android Auto et Apple Car Play. A tel point que beaucoup de constructeurs ont décidé d'arrêter de développer des systèmes multimédia et navigation "maison". Ce qui veut dire que sans connexion par téléphone, plus de GPS ni d'autres fonctionnalités de divertissement.

Et ceci constitue un véritable manque pour une très large majorité des utilisateurs interrogés par JDPower, visiblement peu enclins à systématiquement connecter leur téléphone à leur voiture. Et, aussi curieusement que ça puisse paraître, y compris chez ceux qui disposent des systèmes Google ou Apple. Ces derniers sont 68% à tout de même réclamer un système embarqué en propre dans leur automobile, proportion qui monte à 72% chez les automobilistes dépourvus de ces systèmes.