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Ryanair à la peine dans un secteur low-cost sanglant

Michael O'Leary, PDG de Ryanair

Michael O'Leary, PDG de Ryanair - ERIC LALMAND / BELGA / AFP

La compagnie irlandaise a vu son bénéfice net baisser de 21% sur les 3 derniers mois. Le kérosène, mais surtout la concurrence féroce en Europe, a déjà fait plusieurs victimes sur ce marché.

Le fantasque Michael O'Leary doit avoir la mine des mauvais jours… Ce lundi, sa compagnie Ryanair a annoncé un bénéfice net en fort recul au premier trimestre de son exercice comptable 2019-2020 : -21% à 243 millions d'euros d'avril à juin.

La plus célèbre des compagnie low-cost subit la loi d’un marché hyper-concurrentiel en Europe, qui a fait déjà plusieurs victimes l’hiver dernier. Germania, Colbat Air, VLM, Primera Air… Près d’une dizaine d’entreprises ont mis la clé sous la porte en 2018. Le secteur du low-cost aérien, qui affichait une croissance à deux chiffres depuis 20 ans montre des sérieux signes de faiblesse.

Première raison invoquée : le prix du kérosène. « Les compagnies low-cost sont plus sensibles à la conjoncture mondiale et notamment à la hausse du prix du pétrole » analyse Paul Chiambaretto, professeur de Marketing et Stratégie à Montpellier Business School et spécialiste du secteur. « Sur les autres continents, c’est compensé par la dynamique du marché. Pas en Europe où le marché est déjà mature ».

Intenable

Pourtant, du côté du trafic passager, tout va bien. Le groupe Ryanair constitué de quatre compagnies (l'irlandaise Ryanair DAC, l'autrichienne Lauda, la maltaise Malta Air et la polonaise Buzz) a même enregistré une hausse de 11% du nombre de clients sur les trois derniers mois. « Le transport aérien va bien, il est en forte hausse même si c’est moins le cas en Europe » poursuit Paul Chiambaretto. Ryanair a d’ailleurs battu son record de passagers en 2018.

Face à cette croissance, la concurrence est devenue féroce entre les compagnies, ce qui a fait fortement baisser les prix. 10 euros, 15 euros ou 20 euros pour traverser le continent… le système devient intenable pour les petites structures, et plus compliqué pour les leaders.

D’autant plus que la guerre des prix s’est accompagnée de frais supplémentaires pour les passagers. Bagage en cabine, choix des places… désormais tout se monnaye. Ryanair a provoqué l’ire des passagers en décidant d’attribuer des sièges au hasard, et totalement séparés, aux groupes et familles qui réservaient ensemble. A moins de payer... Une façon pour l’entreprise irlandaise de diversifier ses bénéfices.

La menace du Brexit

Le cas Ryanair reste d’ailleurs un cas à part. Si les low-cost tentent désormais de monter en gamme pour attirer les voyageurs d’affaires (c’est notamment le cas d’EasyJet ou Vueling), l’entreprise leader joue la carte inverse pour garder les tarifs au plus bas, quitte à dégrader la relation confiance avec les clients. De la même façon, le mouvement de grève qui a touché la compagnie a fait des dégâts. « La gestion des grèves avec les passagers a été catastrophique : pas d’indemnisation pour les vols annulés, passagers prévenus à la dernière minute…) » souligne Paul Chiambaretto. Ryanair a dû lâcher du lest en accordant des améliorations du statut social de ses salariés.

Enfin, le Brexit devrait compliquer un peu plus la situation. « Les deux plus grandes compagnies low-cost européennes (Ryanair et EsayJet) tournent beaucoup autour du marché britannique. Les coûts organisationnels vont exploser » prévient Paul Chiambaretto.

Reste à savoir si la période estivale, propice aux vacances européennes, pourra permettre de redonner un peu d’air à des compagnies totalement asphyxiées. Mais ces dernières devront surtout réajuster leur feuille de route, sans quoi la fin d’année sera redoutable.

Thomas LEROY