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Qui sont les vrais gagnants de la prime à la casse pour l'achat de voitures d’occasion?

Une prime pour aider les ménages les plus modestes à mettre au rebut leur vieux diesel contre une voiture d'occasion plus récente, c'est ce que prévoit Nicolas Hulot dans le cadre de son plan climat.

Une prime pour aider les ménages les plus modestes à mettre au rebut leur vieux diesel contre une voiture d'occasion plus récente, c'est ce que prévoit Nicolas Hulot dans le cadre de son plan climat. - Peugeot

Cette promesse du candidat Macron, confirmée par Nicolas Hulot début juillet, doit être précisée à la rentrée. 14 millions de voitures pourraient être concernées par cette prime à la casse. Or, l’actuel dispositif de conversion des vieux diesel n’a pas vraiment rencontré le succès.

Trois voitures sur quatre vendues en France sont des véhicules d’occasion. Et pourtant, ce marché échappe en grande partie aux professionnels. Selon des chiffres publiés par La Tribune, les deux tiers des transactions se passent entre particuliers, via notamment les petites annonces sur internet.

L’annonce, par Nicolas Hulot le 6 juillet dernier, de la création d'une prime pour l’achat d’un véhicule d’occasion moins polluant (contre la mise au rebut d’un vieux diesel notamment et à destination des ménages les plus modestes) pourrait changer la donne.

Vers un boom des ventes en concession?

"Cette prime redirigera les gens en concession, dans un marché aujourd’hui dominé par les ventes entre particuliers, résume Anthony Glotin, directeur des partenariats Aramis Auto. Cela devrait ainsi booster le marché".

C’est du moins ce qu’espèrent les concessionnaires et les spécialistes de l’occasion. Car boosté, le marché l’est déjà. Sur les sept premiers mois de l’année, le marché de la seconde main (voire plus) est en hausse de 2,8%, selon les derniers chiffres du Comité des Constructeurs Français d’Automobile (CCFA). Soit 3,4 millions de voitures d’occasion vendues.

Les professionnels comptent sur l’aide qu'ils pourront apporter pour constituer le dossier de reprise de l’ancien véhicule mis au rebut -un travail fastidieux quand il s’agit de le réaliser soi-même- afin d'augmenter leurs ventes. Au détriment donc des transactions directes entre automobilistes.

14 millions de voitures potentiellement concernées

En pratique, cette prime doit surtout permettre de rajeunir un parc vieillissant. D'après les premières pistes avancées par le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, elle doit en effet s’appliquer si le client souhaite mettre au rebut un modèle diesel immatriculé avant 1997 ou une voiture essence mise en circulation avant 2001. Selon des chiffres de notre partenaire de la donnée automobile, AAA Data, 14 millions de voitures seraient ainsi concernées en France: 4,2 millions de diesel, et 9,9 millions d’essence.

"Une prime pour l'occasion est une bonne mesure pour rajeunir de manière efficace le parc, souligne Flavien Neuvy, économiste directeur de l’Observatoire Cetelem de l'Automobile. Elle n’exclura pas les gens qui n’ont pas les moyens de s’offrir une voiture neuve".

L'actuelle prime de conversion: le gros bide

Cette prime n'est cependant pas une nouveauté. Une prime à la conversion existe déjà. Or, elle a montré ses limites en juin. L'actuelle prime à la conversion ne s’applique en effet qu’à l’achat de voitures neuves, et s'ajoute alors au bonus écologique: 4000 euros pour un véhicule électrique, 2500 euros pour un modèle émettant entre 21 et 60 grammes de CO2 par kilomètre, en échange d'un diesel d'avant 2006.

Une prime de 500 à 1000 euros maximum, réservée plus spécifiquement aux ménages non-imposables, est également en vigueur. Elle porte sur l’achat d'un véhicule d'occasion récent: un essence Euro 6, datant donc au maximum de mi-2014, ou Euro 5, âgée au maximum de 8 ans.

Mais quelle que soit la formule, peu d’acheteurs y ont souscrit. Selon la Cour des Comptes, seules 9298 personnes ont bénéficié de ces dispositifs en 2016. Le ministère de l'Écologie et du Développement durable s'attendaient lui a plusieurs dizaines de milliers de souscripteurs. À titre d'exemple, moins de dix personnes ont bénéficié d’une aide pour l’achat d’une occasion essence…

Un marché de l'occasion majoritairement diesel

En ciblant en particulier l’occasion, le gouvernement compte pourtant toucher un public plus large. Reste à savoir quel sera l'âge maximum d'un diesel d'occasion acquis avec le nouveau dispositif.

"Demeure cependant un problème. Certes, les très vieilles voitures polluantes ne respectent pas les normes Euro, mais si une voiture du début des années 2000 est beaucoup plus efficace, elle l’est beaucoup moins que les véhicules actuels", poursuit Flavien Neuvy.

Le marché de l’occasion est aujourd’hui majoritairement diesel, comme le parc automobile français. Les prix des modèles diesel ont même plutôt tendance à augmenter par rapport à 2016, malgré le regain d’intérêt des acheteurs pour les modèles essence, comme sur le marché du neuf. En Allemagne, les constructeurs nationaux (Volkswagen, Daimler, Mercedes, mais aussi Ford) proposent des primes généreuses pour la reprise de diesel.

Autre interrogation: le marché de la voiture électrique d’occasion n’en est lui qu’à ses balbutiements.

"Reste une autre inconnue: comment se développera le marché de la voiture électrique d’occasion?, s’interroge Denis Eudoxe, rapporteur pour l’Institut Montaigne, dans le cadre du rapport Quelle place pour la voiture de demain. Quelle est la durée de vie des batteries? Peut-on réellement imaginer un marché pour tous les usages?".
Pauline Ducamp