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L’Allemagne se préoccupe (enfin) des conséquences du "dieselgate"

Inquiet pour son industrie automobile, le gouvernement allemand a convoqué un sommet de crise sur le diesel, au cœur depuis 2015 d'un vaste scandale. Constructeurs, équipementiers et partenaires sociaux sont invités à se prononcer sur l’avenir des véhicules qui roulent au gazole.

L'Allemagne est au chevet du diesel et de ses constructeurs automobiles. À des degrés différents, ceux-ci sont actuellement empêtrés dans le scandale des moteurs truqués ("dieselgate"), soupçonnés d'entente mais aussi d'avoir détourné des financements publics pour développer les logiciels tricheurs installés dans leurs véhicules.

Pour tenter de contenir la crise qui couve, le gouvernement réunit, ce mercredi 2 août à Berlin, l'ensemble des constructeurs allemands (BMW, Mercedes-Benz, Volkswagen, Audi, Porsche, ...), les fédérations patronales et les syndicats. L'américain Ford ainsi qu'Opel -passé dans le giron du groupe français PSA- ont également annoncé leur participation à ce "forum national sur le diesel" qui doit apporter des réponses à deux questions précises.

  • Comment restaurer la réputation des constructeurs ?

"La réputation des voitures "made in Germany" menace d'être endommagée, et c'est quelque chose qui est terrible" rappelle Alexander Dobrindt, le ministre des Transports, dans les colonnes du quotidien Bild

"L'industrie automobile s'est mise dans une situation vraiment difficile", elle a, "à présent une sacrée responsabilité à prendre pour regagner la confiance" ajoute-t-il, alors qu'un sondage publié par le journal, indique que 53% des Allemands "n'ont plus confiance dans leurs constructeurs". 

Directeur de l'Observatoire Cetelem de l'automobile, Flavien Neuvy rappelle sur le plateau de BFM Business que "d'un point de vue strictement économique, les constructeurs allemands se portent très bien. Les scandales entachent leur crédibilité" mais pas leurs ventes.

Le secteur automobile assure environ un cinquième des exportations du pays et fournit le plus gros contingent d'emplois, avec quelque 800.000 postes. Selon une note publiée par le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA), sur les 832 millions de véhicules produits sur la période 2002-2017, environ 10% l'ont été dans des usines allemandes (81,7 millions de véhicules). 

  • Comment réduire les émissions de gaz polluants ?

En Allemagne, "la voiture a un impact économique important", mais le pays "ne peut pas occulter la dimension environnementale" tempère Flavien Neuvy. L'un des objectifs de cette réunion de crise est de trouver des solutions afin de réduire les niveaux de gaz polluants.

Ainsi, les constructeurs comptent profiter de ce rendez-vous pour faire en sorte d'éviter que plusieurs grandes villes allemandes, parmi lesquelles Munich et Stuttgart, sièges respectifs de BMW et Mercedes, décident d'interdire à la circulation les véhicules diesel.

Une perspective cauchemardesque pour les conducteurs, alors qu'un tiers du parc automobile allemand est constitué de véhicules roulant au gazole. Pour rappel, celui-ci est constitué de 45,2 millions de véhicules (dont 30 millions de voitures essence, 130.000 hybrides et 25.000 véhicules électriques).

En outre, les fabricants allemands, longtemps à la traîne sur l'électrique, comptent sur les ventes de voitures équipées de moteurs diesel modernes, dit "dépollués", pour parvenir à respecter la réglementation européenne en matière de réduction d'émissions de CO2 (dioxyde de carbone). 

  • Que faut-il attendre d'une telle réunion ?

D'après l'agence Reuters, citant une source gouvernementale, les constructeurs comptent proposer, lors de la réunion, un nouveau programme de mise à jour des logiciels d'environ deux millions de voitures pour un coût total de quelque 300 millions d'euros. 

Un fonds de 500 millions d'euros, financé à 50-50 par les constructeurs et le gouvernement, pourrait donc voir le jour afin d'aider les collectivités locales à lutter contre la pollution. En parallèle, de nouvelles aides pour développer les voitures électriques devraient également être créés.

Un sommet très politique

À l'approche des élections législatives du 24 septembre, la question du diesel est devenue un sujet de rivalité entre sociaux-démocrates du SPD et conservateurs (CDU/CSU) de la chancelière Angela Merkel.

Le SPD a lancé la charge en reprochant d'abord à Angela Merkel son absence sur ce dossier stratégique. La chancelière, qui est en vacances avec son époux, ne prévoyant pas d'assister à ce sommet, organisé par ses ministères spécialisés.

"Quand des millions de moteurs diesel font l'objet de manipulation et qu'une des plus grandes industries du pays est en danger, la chancelière devrait bien sûr être présente au sommet du diesel", a tonné un responsable du SPD, Johannes Kahrs, dans le quotidien Handelsblatt.

De manière générale, la proximité historique du monde politique allemand avec le secteur automobile est critiquée. Et cela concerne les deux grands partis: l'État-région de Basse-Saxe, dirigé par les sociaux-démocrates, est ainsi un grand actionnaire de Volkswagen.

Antonin Moriscot, avec AFP