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PSA: le rachat d'Opel, la consécration de Tavares

Carlos Tavares a rationalisé l'organisation de PSA

Carlos Tavares a rationalisé l'organisation de PSA - Éric Feferberg - AFP

Arrivé aux commandes d'un PSA tout juste sauvé de la faillite, le franco-portugais parle désormais (re) conquête avec le rachat d'Opel. Et devrait appliquer sa méthode centrée sur les prix et les coûts.

En 2013, Carlos Tavares avait été contraint de quitter son poste du numéro 2 de Renault pour avoir affiché son ambition de prendre la tête de General Motors. Carlos Ghosn (le "grand" Carlos) n'avait clairement pas apprécié que le "petit Carlos" ait eu des envies d'ailleurs.

Quatre ans plus tard, Carlos Tavares est désormais la tête de PSA et rachète la filiale européenne de GM (Opel, Vauxhall). Une tournure qui ne manque pas de sel et qui consacre surtout les efforts accomplis par le franco-portugais à la tête du groupe sochalien.

Au bord de la faillite en 2013, PSA n'avait dû son salut qu'à l'entrée de l'État et du constructeur chinois Dongfeng dans son capital (opération finalisée en 2014). Lorsque Carlos Tavares devient officiellement le numéro 1 du groupe, le groupe français reste sur une perte de plus de 2 milliards d'euros. Trois ans après, il affiche, au contraire, un bénéfice de plus de 2 milliards.

"Back in the Race"

Arrivé avec une réputation de "cost-killer", Carlos Tavares s'attèle au redressement de l'entreprise avec son plan "Back in the race" ("de retour dans la course") qui aboutit notamment à faire de DS une marque autonome, au même titre que Peugeot et Citroën.

L'ingénieur centralien cherche alors à restaurer les marges du groupe. En amont, les opérations industrielles sont passées au crible pour rationaliser et chasser le gaspillage, quitte à trancher dans le vif en supprimant des modèles non rentables et des lignes de montage dans certaines usines. Les employés acceptent davantage de flexibilité et une modération salariale contre l'engagement de maintenir des sites industriels. Carlos Tavares réduit par ailleurs les effectifs. De 111.228 en 2013 ils sont ainsi passés à 95.669 en 2015. 

Résultat: dès 2015, PSA devient rentable. Le "point mort", le nombre de voitures nécessaires pour rentabiliser les coûts fixes, tombe à moins de 1,6 million, contre 2,6 en 2013, et la marge opérationnelle bondit de 0,2% à 6% en deux ans.

PSA de "proie à chasseur"

Après le redressement, Carlos Tavares a désormais "enclenché la seconde" avec le plan stratégique "Push to Pass" qui passe par l'internationalisation et la diversification dans les services de mobilité. Surtout, comme le dirait le patron du groupe automobile, PSA est désormais passé "de proie à chasseur".

Preuve en est avec le rachat d'Opel donc qui, d'après les propres mots de Carlos Tavares "change la donne pour PSA". Le chef d'entreprise, fort de son expérience avec la société française, doit maintenant s'atteler au redressement de la marque allemande et de Vauxhall. Ce qui pourrait signifier une réduction des coûts.

La "cure Tavares" passera par l'emploi, prévient ainsi Stefan Bratzel, expert automobile allemand de l'institut CAM: "Il va être nécessaire de réduire les surcapacités de production". De son côté, Marc Staudenmayer, du cabinet de conseil en entreprises Advancy, estime que 5% des emplois totaux de PSA et Opel seront supprimés.

La "cure Tavares"

Carlos Tavares a toutefois donné des assurances sur l'emploi en affirmant qu'il s'engagerait à ne procéder à aucun licenciement d'ici à 2018. Encore ce lundi il a assuré qu'il "n'était pas nécessaire de fermer des usines" si elles gagnent en productivité.

À voir si cela suffira pour rassurer les syndicats. La CGT avait averti la semaine dernière qu'une fois les législatives allemandes de septembre passées, "il est évident que Carlos Tavares aura comme premier objectif de s'attaquer à l'emploi", a mis en garde la CGT.

Julien Marion avec AFP