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PSA/FCA: les Agnelli peuvent "s'imposer comme premier actionnaire", estime Elie Cohen

Elie Cohen

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Si la fusion entre les deux constructeurs est présentée comme une opération à 50/50, Elie Cohen, économiste, invité de "12H, l'Heure H" sur BFM Business, estime que la famille italienne fondatrice de Fiat pourrait prendre le dessus.

Peut-croire à une fusion véritablement à 50/50 entre PSA et Fiat/Chrysler (FCA) telle qu'elle est annoncée par les deux groupes ? Mais la probabilité de voir les Agnelli (qui contrôlent 28% de FCA) monter en puissance et in fine peser bien d'avantage dans le nouvel ensemble est forte.

Pour Elie Cohen, économiste et directeur de recherche au CNRS, invité sur le plateau de "12H, l'Heure H" sur BFM Business, "il faut distinguer deux choses. Il faut distinguer la gestion opérationnelle du groupe, le développement du groupe, la restructuration, sa rationalisation, son passage à l'ère du véhicule électrique connecté et autonome et ça je crois que les choses sont à peu près claires, la responsabilité essentielle va échoir à M. Tavares. C'est vraiment (lui) qui va être responsable de ce chantier de transformation. C'est lui qui va véritablement fusionner ce groupe, c'est lui qui va régler les questions de configuration de l'outil de production, c'est vraiment lui qui va être à la manoeuvre".

"Par contre, dans la conception américaine de la direction d'une entreprise le chairman, celui qui représente les actionnaires, celui qui gère le conseil d'administration, celui qui prend les impulsions capitalistiques décisives, c'est le patron du conseil d'administration, c'est en général celui qui est nommé par le groupe d'actionnaires dominants et là c'est la famille Agnelli", poursuit Elie Cohen.

La famille Peugeot reléguée au second rang

Et de préciser: "Je dirais même plus: d'un côté vous avez un actionnaire identifiable, M. Elkann et d'un autre, vous avez la BPI, c'est à dire l'Etat français, (le chinois) Donfeng qui pourrait changer de stratégie, Peugeot, la famille [13% de PSA, NDLR) qui n'a pas véritablement les moyen de suivre. Et donc, il va avoir des évolutions dans le rapport capitalistique. Deux évolutions sont possibles. La première, le nouveau groupe se transforme en ce qu'on appelle une 'public company', une entreprise où il n'y a pas d'actionnaire décisif, détenue par le marché, ça c'est le scénario le plus probable. Car même la famille Agnelli n'est pas capable d'avoir une part significative du capital du nouveau groupe. Ou bien, la famille Agnelli persiste, contrôle d'une manière ou d'une autre le conseil d'administration, joue de sa stratégie actionnariale et s'imposera comme le premier actionnaire et donc un actionnaire qui exercera un pouvoir plus significatif que les actionnaires français par exemple". 

Une chose est sûre, ce scénario de fusion relègue les Peugeot au second rang. La famille originaire de Sochaux ne détiendra que 6% du nouveau groupe, loin derrière les Agnelli. Et son leader Robert Peugeot n'aura qu'un rôle honorifique de vice-président.

Olivier Chicheportiche