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Naufrage du Costa Concordia : témoignages et explications

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Six morts, une quinzaine de disparus et 4 Français dont on est sans nouvelles : plus de 48 heures après le chavirage du Costa Concordia près de la côte de Toscane, les recherches se poursuivent. Témoignages de rescapés, en colère, qui racontent une évacuation chaotique.

L’épave du Costa Concordia menace toujours de glisser vers le fond, mais pour l'instant les sauveteurs continuent d'en fouiller les entrailles. Le PDG de Costa Croisières Pier Luigi Foshi a imputé le naufrage à « une erreur humaine » lors d'une conférence de presse ce lundi à Gênes.
Cette nuit, un cadavre a été extrait. Le bilan est donc désormais de 6 morts et d'entre 15 et 20 disparus. Certains pouvant être rentrés chez eux sans se faire enregistrer par les autorités.
65 personnels de la Sécurité civile, du Samu, des marins-pompiers et de la Croix-Rouge ont été mobilisés pour prendre en charge les passagers français et un numéro d'urgence pour les familles (06.77.80.32.23) a été mis place par Costa Croisières France.

Ce qui ressort de tous les témoignages de rescapés sur place, c’est l’absence de personnel d’équipage lors de l’évacuation, des passagers livrés à eux-mêmes dans la panique…

« Un rêve qui tourne au cauchemar »

Monique, une sexagénaire qui voyageait avec une amie handicapée, s’attendait à vivre un grand rêve : « Un rêve qui tourne au cauchemar : les canots étaient pleins, les gens poussaient pour rentrer, on n’arrivait pas à fermer les portes… Après, le canot est tombé d’un coup, de plusieurs étages, on a pensé qu’on allait s’écraser. Des scènes qu’on ne voit que dans les films catastrophes, on se dit que c’est pas possible que ça arrive ; mais les gens se conduisent comme des bêtes ».

Parmi les victimes, un habitant de Ramonville près de Toulouse. Francis Servel, 71 ans, était parti en voyage pour fêter les 60 ans de sa femme Nicole. Francis est mort noyé car il avait donné son gilet de sauvetage à Nicole, qui ne sait pas nager.

« Mon mari s’est jeté à l’eau et ne s’en est pas sorti »

Effondrée et en colère, Nicole témoigne : « Il m’a obligée à sauter. Il s’est mis à l’eau pour que moi je saute. J’ai sauté et après je ne l’ai plus revu ; je l’ai appelé. Je ne sais pas comment je me suis débrouillée. Il n’avait pas de gilet, on ne l’avait pas trouvé. Il s’est jeté à l’eau, il m’a dit : t’inquiète pas, je vais m’en sortir. Mais il ne s’en est pas sorti. L’eau était très froide, je lui ai dit qu’on n’allait pas s’en sortir. Et dans l’eau, j’ai pensé à mes enfants, à mes petits-enfants, je me suis dit : il faut que j’y arrive. Mais je ne sais pas comment j’y suis arrivée. […] Je suis en colère, parce qu’on nous a pas trouvé de chaloupe, on n’a pas sauvé mon mari. Il n’y avait personne, on était seuls. Les petits jeunes qui étaient là et devaient nous encadrer, ils pensaient plutôt à se sauver, ils nous ont pas encadrés ».

« Mon père a sauvé ma mère, qui ne sait pas nager »

Sa fille, Edwige, tout aussi émue, parle de son père : « Il a sauvé maman. Il a fini par un geste héroïque, il a toujours été comme ça. C’était un amour profond, très fort. Et il a sauvé la vie de maman, qui ne sait pas nager et qui a réussi à s’en sortir. Je crois que c’est miraculeux. J’ai la chance d’en avoir un sur deux, mais la colère m’envahit énormément parce qu’ils n’avaient pas le droit de me l’enlever.
C’était le cadeau que j’avais fait à mes parents, un cadeau global de la famille, pour les 60 ans de ma maman ; et ça se termine tragiquement ».

Le capitaine « a commis des erreurs »

L'enquête sur le naufrage se poursuit, mais sans attendre, la société Costa Croisière affirme que le commandant « a commis des erreurs ». Une erreur humaine, avec un responsable, le capitaine. Arrêté, il est mis en examen pour homicides multiples, naufrage et abandon de navire. Il n’a jamais lancé de SOS et a attendu une heure après l’accident, de recevoir un appel de la capitainerie. Il s’est borné à parler d’un simple problème technique. Et pire, il a quitté le navire 5 heures avant les derniers passagers. Une évacuation dans le plus grand chaos : équipage inexpérimenté, chaloupes et gilets de sauvetage en nombre bien insuffisant. Les boîtes noires du navire ont été récupérées et saisies par la justice ; elles devront préciser le scenario de ce naufrage du Titanic à l’italienne.

La Rédaction, avec JW. Forquès et O. Tosseri