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Montparnasse, Saint-Lazare: quand le réseau SNCF craque de toutes parts

Une panne électrique a interrompu le trafic à la gare Saint-Lazare le 26 décembre 2017

Une panne électrique a interrompu le trafic à la gare Saint-Lazare le 26 décembre 2017 - BFMTV

Après cette nouvelle panne, le manque d'investissement de la SNCF sur le réseau existant est directement pointé du doigt par de nombreux spécialistes. La société affirme de son côté avoir procédé à une hausse significative des investissements en faveur d'une modernisation: 46 milliards d'euros sur 10 ans.

"Une grosse galère." Ce mardi matin, une panne électrique a interrompu à deux reprises le trafic à la gare Saint-Lazare à Paris, suscitant l'exaspération des usagers de la SNCF: "C'était un peu l’enfer. On nous avait dit que ce serait bien organisé, qu’il y aurait plus de trains, plus de fluidité… Conclusion, ce n’est pas le cas", s’agaçait une voyageuse.

Il faut dire que cette panne s’ajoute à celle survenue début décembre à la gare Montparnasse, mais aussi à la pagaille provoquée par les départs en vacances de Noël le week-end dernier dans les gares parisiennes. Une série noire essentiellement due à un manque d’investissement par le passé pour de nombreux spécialistes.

Le réseau existant oublié au profit de la grande vitesse?

"C’est la marque d’un réseau ferroviaire à bout de souffle, usé. (…) Il y a un immense effort d’investissement à faire sur les infrastructures existantes. C’est vrai que l’on a longtemps investi sur les lignes TGV, les lignes nouvelles… Mais aujourd’hui, c’est le réseau existant qui est très en retard", explique sur notre antenne Fabienne Keller, sénatrice LR du Bas-Rhin et vice-présidente de la Commission des Finances.

Même constat du côté de Gilles Savary, ancien parlementaire et spécialiste des transports. Selon lui, les pannes successives sont une "question d’argent et de foi d’investissement". "Il y a 5.000 kilomètres de lignes qui ont été ralentis au cours de ces dernières années parce qu'on savait qu'elles devenaient dangereuses. (…) On a une conscience très claire du fait que l’on a abandonné ce réseau sous la pression des élus locaux, d’Alstom, pour faire en sorte que l’on fasse un réseau TGV qui est extrêmement coûteux et qui a mobilisé l’essentiel des capacités d’investissement de l’État, et au-delà puisqu’on a endetté le système ferroviaire", assure-t-il.

Regrettant l’influence de "groupes de pression" sur l’effort d’investissement, il ajoute: "On sait qu’aujourd’hui, il y a des trains ‘domicile-travail’ qui sont presque des services de première nécessité pour des millions de personnes. C’est sur ces services-là qu’il faut faire l’effort d’investissement, de régénération de la ligne et de sécurisation des passages à niveau et des lignes".

"C'est en permanence"

Pour le président de la fédération SOS Usagers, Jean-Claude Delarue, "c’est une série noire qui n’est pas prête de s’arrêter". Lui aussi déplore un réseau qui n’a pas été "entretenu correctement".

"Tous les jours il y a des pannes, des incidents techniques, des retards…(…) C’est en permanence. Il est temps enfin que l’on donne la priorité à la rénovation du réseau existant plutôt que de dépenser des milliards et des milliards pour faire de nouvelles lignes de grande vitesse, ou bien pour faire le Grand Paris Express en Ile-de-France par exemple", a-t-il poursuivi sur notre antenne.

46 milliards d'euros d'investissement sur 10 ans

Dans un communiqué, la SNCF a dit "regretter les difficultés" liées à la panne électrique survenue ce mardi sur le "circuit ancien, fragile". La compagnie dément en revanche ne pas faire le nécessaire sur le réseau principal: "Les efforts d’investissement de SNCF Réseau, 46 milliards d’euros sur 10 ans, sont concentrés sur la modernisation du réseau existant et plus particulièrement sa partie francilienne, la plus dense et la plus utilisée, avec un montant de 1,6 milliards d’euros en 2017 (20% de plus qu’en 2016)", note le communiqué.

En avril dernier, Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau, reconnaissait dans Sud Ouest que "depuis trente ans, des milliards ont été investis dans la grande vitesse, au détriment du réseau classique".

"Dans les années 2000, nous investissions 500 à 700 millions d’euros par an pour ce réseau alors que les Allemands y consacraient 4 milliards et les Anglais 2 milliards", indiquait-il avant de rappeler néanmoins que "depuis quelques années", les investissements sur le réseau existant en 2016 "sont montés à 2,6 milliards et ce sera 3 en 2020, sur les fonds de SNCF-Réseau, donc en augmentant notre endettement". À titre de comparaison, ce même investissement était d’un milliard d’euros en 2007.

Il est vrai que la situation financière de SNCF Réseau est critique (plus de 40 milliards d'euros de dettes). Mais, déjà en mars 2016, lors d’une audition au Sénat, le président démissionnaire de l'entreprise, Jacques Rapoport, jugeait cette difficulté secondaire:

"Il y a un sujet plus grave que la situation financière: c'est l'état dégradé du réseau ferroviaire français. SNCF Réseau est propriétaire du réseau. En réalité, il est dépositaire d'un patrimoine national qui est en danger", alertait-il.
Paul Louis avec Yann Duvert