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Les voitures volantes cherchent leur avenir (mais lequel ?) au Bourget

Présenté au Bourget, Aeromobil est un véhicule bulbeux à l'avant et doté d'ailes rétractables, dû à une équipe slovaque, prévu en série à l'horizon 2020.

Présenté au Bourget, Aeromobil est un véhicule bulbeux à l'avant et doté d'ailes rétractables, dû à une équipe slovaque, prévu en série à l'horizon 2020. - Eric Piermont-AFP

Rêve d'enfant ou révolution à venir dans les transports ? La voiture volante pose encore plus de questions qu'elle n'en résout et les grands constructeurs aéronautiques présent au salon du Bourget l'approchent avec prudence.

Au salon international du Bourget qui ferment ses portes dimanche 25 juin, il faut chercher pour trouver un aéronef se rapprochant d'une automobile: l'Aeromobil a trouvé sa place sous les fuselages des Concorde exposés au Musée de l'air et de l'espace.

Ce véhicule bulbeux à l'avant et doté d'ailes rétractables, dû à une équipe slovaque, est prévu en série à l'horizon 2020. "Après avoir atterri sur un aéroport, vous transformez l'avion en voiture et prenez la route vers où vous voulez", explique Simon Bendrey, responsable adjoint de l'ingénierie de ce projet qui, malgré un prix unitaire de 1,2 à 1,5 millions d'euros, a déjà recueilli plusieurs réservations.

Alors que l'idée d'un véhicule à la fois capable de rouler dans le trafic et de s'en extraire par la voie des airs suscite une effervescence mondiale de créativité au sein de dizaines d'entreprises, surtout des start-ups (Uber, notamment), le monde de l'aéronautique réunit au salon Bourget se montre plus prudent sur l'avenir de ce concept.

Des progrès dus à la propulsion électrique des drones

Pourtant, les progrès techniques de ce concept hybride entre avion et voiture sont réels, grâce à la montée en puissance de la propulsion électrique liée aux drones. Ils "sont capables aujourd'hui de soulever jusqu'à 80 ou 100 kg, et on n'est pas loin d'avoir la capacité d'emporter un ou deux hommes pendant une vingtaine de minutes. D'ici cinq à dix ans, ce sera devenu courant", affirme Xavier Dutertre, directeur du projet "Technoplane", véhicule volant léger développé par des start-ups en Normandie.

Pour de nombreux observateurs, la problématique d'un hybride "roulant-volant" sera toutefois bientôt dépassée, ou cantonnée à de riches amateurs en quête de différenciation sociale. L'avenir appartiendra plutôt à "un système de mobilité aérienne à la demande, qui serait clairement l'avènement d'une nouvelle ère pour l'aviation", en somme des taxis volants autonomes électriques, affirme le PDG de l'Onera.

"Les voitures aériennes ne pourront pas être pilotées individuellement par des conducteurs, parce que c'est trop risqué", renchérit Pascal Pincemin, associé chez Deloitte, évoquant "des plateformes digitales qui organiseront le trafic".

La sécurité aérienne en question avec ces futurs engins hybrides

Il existe "un réel appétit, un réel intérêt" pour ce type de transport dans des villes de plus en plus congestionnées, pour Jean-Brice Dumont, responsable de l'ingénierie d'Airbus Helicopters. L'entreprise a présenté au dernier salon automobile de Genève un prototype de voiture volante modulaire, "Pop Up", en coopération avec une filiale de Volkswagen. Mais l'avionneur reste pour l'instant "dans une logique de maturation de technologie", dit M. Dumont. Boeing, de son côté, n'a pas encore abattu ses éventuelles cartes.

Pascal Pincemin, associé chez Deloitte, qui ne voit pas les taxis volants autonomes se banaliser avant 2050, prévient qu'il faudra auparavant "démontrer la fiabilité des véhicules et de leur système de pilotage".

Aujourd'hui, le transport aérien de passagers connaît un taux de "0,2 accident mortel pour 1 million de vols", souligne Patrick Cipriani, Directeur de la sécurité à la Direction générale de l'aviation civile. Pour ces taxis volants, "est-ce qu'on sera prêts à accepter des niveaux comme celui de l'aviation légère, 100 fois moins sûre?"

F.B avec AFP (Tangi Quemener)