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Le DRH d'Air France formule de nouvelles propositions aux pilotes

Le DRH d'Air France a raconté pour la première fois à la presse le déroulé des événements du 5 octobre, et a évoqué les propositions de la direction pour trouver un accord avec les pilotes de la compagnie.

Le DRH d'Air France a raconté pour la première fois à la presse le déroulé des événements du 5 octobre, et a évoqué les propositions de la direction pour trouver un accord avec les pilotes de la compagnie. - Kenzo Tribouillard - AFP

Xavier Broseta, le directeur des ressources humaines d'Air France, dont les images de bousculade lors du dernier CCE de la compagnie ont fait le tour du monde, formule ce lundi de nouvelles propositions pour nouer un accord avec les pilotes. Le SNPL a réagi, plutôt mal, à ces annonces.

Le DRH d'Air France raconte les violences dont il a été victime le 5 octobre dernier, ce lundi, dans Le Parisien. Celui qui dit tout juste recommencer à surfer sur internet et à ouvrir ses applis, craignant d'y voir à nouveau "cet homme qui court, torse nu en cravate", assure avoir reçu plus de 1.000 messages de soutien, notamment de membres de la CGT, du SNPL, et du personnel de la compagnie. Malgré ce qu'il a enduré, il ne veut pas rester sur "ce truc-là", et martèle qu'en dépit de l'image donnée ce jour-là, le dialogue social "marche" chez Air France.

Toujours confiant dans la possibilité de trouver un accord, il officialise la nouvelle proposition d'Air France aux pilotes: l'instauration de trois contrats de travail différent, intégrant différents degrés d'efforts en termes de productivité. Dans le premier type de contrat, le pilote accepte les gains de productivité demandés et sa rémunération est préservée. Dans le deuxième, il travaille plus que les 100 heures par an demandées et voit son salaire augmenter. Dans le troisième, il peut refuser les efforts de productivité demandés mais son salaire est alors ajusté à la baisse, explique Xavier Broseta.

"Continuer à vivre dans cet univers de requins"

Ces annonces ont été dénoncées par Philippe Evain, président du SNPL d'Air France, le puissant syndicat des pilotes. "Je suis toujours aussi étonné de la forme que cela prend", a-t-il dit sur Europe 1, "on fait des annonces dans la presse qui concernent les organisations professionnelles, on ne leur en parle pas avant bien entendu et puis on guette par voie de médias leur réaction." "Le dialogue social, ça n'est pas comme ça que ça doit fonctionner. Il y a un vrai problème de dialogue avec cette direction d'Air France", a ajouté Philippe Evain.

"On a fait cette proposition aux pilotes, on peut l'étendre aux hôtesses et aux stewards. C'est sur la table", dit-il, ajoutant que les négociations avec les personnels au sol débuteront le 6 novembre.

Xavier Broseta rappelle que depuis qu'il est arrivé en 2012, "tous les plans de productivité ont fait l'objet d'un accord", indique-t-il. Même s'il concède qu'il est difficile pour les salariés de faire "de nouveaux efforts alors qu'ils en ont déjà fait beaucoup". Des efforts néanmoins nécessaires selon lui. Les résultats dans le vert d'Air France montrent simplement que le groupe a "la bonne stratégie". Mais pour revenir dans la course, il faut aller plus loin. "Pour continuer à vivre dans cet univers de requins, il faut être aussi fort que nos concurrents".

"Des SMS m'informent que les manifestants s'approchent"

Air France qui a déjà perdu 5.500 postes entre 2012 et 2014, est dans la tourmente depuis que direction et pilotes ont échoué à s'entendre sur un plan de développement prévoyant que tous les navigants volent une centaine d'heures de plus par an. Faute d'accord, la compagnie a présenté le 5 octobre un plan de "restructuration" menaçant 300 emplois de pilotes, 900 d'hôtesses et stewards, 1.700 au sol, sur 2016-2017.

Le DRH est également revenu sur les évènements du 5 octobre, à l'occasion d'un comité d'entreprise extraordinaire qui a mal tourné. Celui dont la chemise avait été arrachée par des salariés en colère lors d'une réunion annonçant un plan de restructuration menaçant 2.900 postes, raconte la confusion, la cohue. Au début de la réunion, "l'ambiance est déjà tendue. Des SMS réguliers m'informent que les manifestants s'approchent. Vers 10h15, ils sont près du siège. A ce stade, nous avons encore confiance dans le portail", confie Xavier Broseta au quotidien.

"Tout s'accélère quelques minutes plus tard, je reçois un SMS d'un collègue qui est dehors, dans la foule: 'Evacuez'", raconte-t-il. Des responsables syndicaux tentent de le protéger. Dehors sur la pelouse, "quelqu'un m'attrape par derrière, tire le col de ma chemise, si fort que le bouton du col lâche. On me tire fort vers l'arrière et moi je tire fort dans l'autre sens pour me dégager. Tous les boutons sautent, ma chemise y reste", ajoute-t-il. Avec un autre dirigeant d'Air France, ils escaladeront une grille pour échapper aux manifestants.

N.G. avec agences