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La preuve qu'Audi, BMW, Mercedes et Porsche ont peur de Tesla

Porsche Mission E (en haut) et Audi e-tron quattro... Les Allemands ne veulent pas laisser Tesla rouler sur leurs plates-bandes

Porsche Mission E (en haut) et Audi e-tron quattro... Les Allemands ne veulent pas laisser Tesla rouler sur leurs plates-bandes - Porsche - Audi

Que ce soit Audi avec son e-tron Quattro, Porsche avec sa Mission E ou encore Mercedes qui promet un modèle pour bientôt ou BMW qui veut étoffer son offre 100% électrique... Les constructeurs ne veulent pas laisser Tesla électriser le marché du haut de gamme.

C'est une bataille qui va faire des étincelles. Elle s'impose déjà comme le sujet qui est sur toutes les lèvres au salon de Francfort 2015 qui vient d'ouvrir ses portes. Qui va gagner le match Tesla/Allemagne de la voiture électrique? Après avoir laissé la marque américaine développer ses modèles haut de gamme, les constructeurs d'outre-Rhin ont décidé de sonner la charge. A commencer par le groupe Volkswagen. Ses deux marques premium, Audi et Porsche, viennent de dévoiler des concepts qui se posent en concurrent direct des modèles de Tesla.

Audi vient ainsi de dévoiler un prototype baptisé "e-tron quattro" préfigurant un "crossover" (4x4 urbain) électrique attendu en 2018. La marque sportive Porsche vient, elle, de montrer un concept-car électrique, la "Mission E".

Des panneaux solaires qui fournissent assez d'énergie?

Le concept d'Audi s'attaque ainsi au Model X, le cross-over de Tesla qui devrait être livré d'ici la fin de l'année. Et l'engin en a dans le ventre: trois moteurs électriques, 435 chevaux, 0 à 100 en 4,6 secondes (pas mal pour un voiture de cette dimension). Côté énergie, cette e-tron quattro propose une batterie lithium-ion de 95 kWh ainsi qu'un toit en panneau solaire capable de fournir l'énergie nécessaire les jours de grand soleil, dixit Audi.

Côté autonomie, la marque promet plus de 500 km. A l'intérieur la marque a prévu un habitacle 100% techno avec deux écrans tactiles et des commandes numériques partout (pour l'éclairage, la navigation, la conduite autonome...).

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- © ODD ANDERSEN / AFP

Et si Audi attaque Tesla sur le franchissement, Porsche veut le prendre de court sur le sport. La marque allemande a ainsi dévoilé sa "Model S killer". La Mission E est une berline électrique aux courbes très "porschiennes". Dotée de plus de 600 chevaux (44 kW), d’une autonomie de plus de 500 km et d’une énorme capacité d’accélération (0 à 100 km/h en moins de 3,5 secondes). Mais c'est sur la recharge que Porsche veut faire la différence. la marque allemande annonce un temps de charge de 15 minutes pour 80% de la batterie. Chez Tesla, c'est trois fois plus long...

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Si le groupe Volkswagen est le plus actif, les autres constructeurs allemands ne sont pas en reste. Mercedes fourbit aussi ses armes anti-Tesla. Son chef de la recherche et développement Thomas Weber a confié au journal spécialisé Auto Motor und Sport début septembre que son entreprise travaillait "à un concept intelligent pour un véhicule électrique hautement attractif, disposant d'une autonomie de 400 à 500 kilomètres". Son concurrent BMW semble lui aussi décidé à étoffer sa gamme électrique, après la sportive hybride i8 et surtout la citadine tout-électrique i3.

"Tesla? Une progression dans un verre d'eau"

Des Allemands très actifs donc. Reste une question : ce réveil n'est-il pas trop tardif? Car aussi séduisants soient-ils, il ne s'agit encore que de concepts quand Tesla commercialise lui ses modèles depuis plusieurs années. Selon les spécialistes du secteurs, la firme américaine bien que très médiatisée n'a pas pris tant d'avance que ça. 

Malgré des incitations fiscales généreuses, la part des voitures électriques n'a pas dépassé 1% du marché du neuf aux Etats-Unis ni dans l'Union européenne au premier semestre 2015. Désavantagé certes par le pétrole bon marché, le segment connaît pourtant des taux de croissance à deux voire trois chiffres dans certains pays. "Une très forte progression dans un verre d'eau", relève Laurent Petizon, du cabinet AlixPartners, interrogé par l'AFP.

Cela n'empêche pas le titre d'être l'une des coqueluches de Wall Street où son cours a été multiplié par huit depuis début 2013, valorisant l'entreprise à plus de 30 milliards de dollars.

La course à la taille joue en faveur des Allemands

"Tesla est aussi follement surévaluée que les actions de sociétés internet à la fin des années 1990", avant l'éclatement d'une bulle spéculative, mettait en garde fin août l'éditorialiste du New York Times Joe Nocera. 

Dans un secteur où les gros sont avantagés (les volumes permettent d'avoir des coûts de production compétitifs), les constructeurs allemands restent confiants sur leur capacité à s'imposer sur ce segment de l'électrique premium. Un segment qui n'est d'ailleurs pas la seule priorité de Tesla. La marque américaine a annoncé la commercialisation pour 2016 d'un modèle relativement abordable aux alentours de 35.000 dollars.

Frédéric Bianchi