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L’État renonce à privatiser l’aéroport de Toulouse

Le gouvernement a informé les élus locaux et l’actionnaire chinois de son intention de conserver ses parts dans l’aéroport.

C’est un petit renoncement pour Emmanuel Macron. Trois ans après avoir lancé la privatisation de l’aéroport de Toulouse, l’État va revenir dessus. En 2015, il avait vendu 49,9% des parts à un groupe chinois, -Casil- et avait prévu de lui vendre son solde de 10,1% cette année. Une opération qui devait donner le contrôle de l’aéroport aux chinois.

Mais selon plusieurs sources, il ne vendra pas ses parts et renoncera, de fait, à privatiser l’aéroport de Toulouse. Des conseillers de l’Elysée l’ont fait savoir à plusieurs élus locaux ainsi qu’à Mike Poon, le patron chinois de Casil. "Pour le moment, on ne bouge pas" confirme-t-on au cabinet du ministre de l’Économie Bruno Le Maire. C’est un revirement de situation alors qu’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, avait fait de cette privatisation un marqueur de sa politique de libéralisation.

Bras de fer entre les élus et les Chinois

Pourtant, la vente aux chinois avait déjà soulevé beaucoup d’opposition. Et cela n’a pas changé. "L’État ne vendra pas ses parts car personne ne le souhaite" décrypte un autre proche du gouvernement. Les collectivités locales (Région, département et ville de Toulouse), qui détiennent les 40% restant dans l’aéroport, sont vent debout contre cette privatisation. Elles l’ont fait savoir il y a quelques semaines au gouvernement en lui adressant une lettre commune.

La cohabitation avec les Chinois a tourné au vinaigre depuis trois ans. Le versement de 22 millions d’euros de dividendes en deux ans a cristallisé les tensions. Mike Poon justifie un retour sur investissement quand les élus locaux fustigent un pillage des ressources financières. Pour cause, 15 millions d’euros ont été puisés dans les réserves de l’aéroport par les chinois. Même la présidente du conseil de surveillance, Anne-Marie Idrac, a décidé de quitter l’aventure, lassée de ces conflits.

Vinci et Eiffage prêts à racheter les parts de Casil

Reste à savoir si l’État renonce définitivement ou gagne du temps. Car il dispose d’une "fenêtre" d’un an, entre le 18 avril 2018 et le 18 avril 2019, pour vendre ses parts. "En réalité, l’Elysée souhaiterait que les Chinois vendent leurs parts" résume un protagoniste. Sachant cela, plusieurs investisseurs ont déjà approché Casil pour tenter de racheter leurs 49,9%. Selon nos informations, il s’agit de Vinci, déjà concessionnaire de l’aéroport de Lyon, Eiffage, qui n’en exploite aucun, et le fonds d’investissement Ardian. Mais "pour le moment, les Chinois ne vendront pas" ajoute un proche de Casil.

De leur côté, les collectivités locales rêvent de racheter la part de 10,1% de l’État pour prendre le contrôle de l’aéroport de Toulouse. Le département de Haute-Garonne semble le plus motivé. Son vice-président, Pascal Boureau estime que le montant à débourser, environ 60 millions d’euros, est à leur portée. La région n’y serait pas opposée mais la Métropole de Toulouse serait plus hésitante. En tout cas, pour le moment, l’État ne semble pas prêt à ce scénario. L’heure est au statu quo.

Matthieu Pechberty