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Fiat-Chrysler et Renault : un chantier aux multiples inconnues

La fusion entre Fiat et Renault paraît bien engagée. Elle donnerait naissance à un géant industriel européen.

La fusion entre Fiat et Renault paraît bien engagée. Elle donnerait naissance à un géant industriel européen. - MARCO BERTORELLO / AFP

Renault a pris acte lors de son conseil ce matin de la proposition de fusion entre égaux de Fiat-Chrysler. Un examen minutieux va commencer, pour un chantier très complexe.

Une nouvelle alliance dans l'Alliance. C'est tout l'esprit du projet que Fiat-Chrysler a soumis au conseil d'administration de Renault, exposant un schéma de fusion entre égaux entre les deux constructeurs. Car il n'est nullement présenté comme un projet d'intégration totale à l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi en l'état, mais bien comme une fusion entre Fiat-Chrysler et Renault. Ce dernier a déclaré qu'il allait étudier « avec intérêt » la proposition, « confortant l'empreinte industrielle de Renault et générateur de valeur additionnelle pour l'Alliance. »

Un projet qui était discuté depuis un certain temps... et qui ferait de ce nouveau constructeur intégré le 3ème fabricant mondial d'automobiles, à 8,7 millions de véhicules produits par an, dégageant de fait de très fortes synergies, estimées à 5 milliards d'euros par an. Un ensemble plutôt complémentaire géographiquement parlant, formant un centre nerveux très important en Europe et dans les pays de l'Est, qui sera source d'importantes synergies industrielles.

Egalement en jeu, la mise en valeur d'un pôle haut de gamme important avec Alfa Romeo et Maserati, et en plus une entité américaine extrêmement importante via Chrysler, Dodge, Ram et surtout Jeep. Restent de fortes disparités à noter, avec Renault qui a dégagé en 2018 un chiffre d'affaires de 57 milliards d'euros, alors que Fiat-Chrysler en a engrangé le double, à 115 milliards.

Nouvel équilibre des pouvoirs

La reconstitution du capital du nouvel ensemble doit illustrer cette puissance Euro-Américaine, avec comme actionnaires de référence la Famille Agnelli et l'Etat Français (autour des 15% et 7% respectivement, si on se fonde sur une fusion à 50/50). L'Etat Français qui se dit favorable à une telle opération si elle aboutit, soucieux de créer des champions européens intégrés.

Un des enjeux majeurs de ce projet d'alliance dans l'Alliance est de sécuriser l'avenir de Fiat. Le constructeur italien est en très nette perte de vitesse sur beaucoup de ses marchés, mais notamment en Europe, avec une gamme parmi les plus émettrices de CO2, et qui accuse un retard conséquent sur le chantier de l'électrification. A tout point de vue, des synergies avec Renault sont de nature à changer complètement la donne, par des coopérations sur les motorisations, les plates-formes et l'utilisation des technologies hybride rechargeable et électrique.

Quid de Nissan et Mitsubishi ?

Mais une énorme inconnue reste sur la table : la gestion du dossier Nissan-Mitsubishi. En effet une telle montée en puissance de l'ensemble Fiat-Chrysler-Renault ne pourra être considérée par le "Clan Japonais" que comme une difficulté de plus qui lui est imposée au sein d'une Alliance de plus en plus complexe à gérer. Certes, Nissan n'est pas oublié dans le projet Fiat, les responsables de Renault l'ont visiblement tenu au courant de ces discussions, et un siège d'administrateur est même prévu pour un représentant du constructeur japonais au sein d'un ensemble théorique Fiat Chrysler-Renault.

Reste que voir Renault, partenaire dans l'Alliance, s'allier avec un de ses concurrents sur le marché américain notamment (via les marques Jeep, Chrysler ou Ram), va constituer une nouvelle source de tension entre les partenaires. D'autant que le sujet de l'intégration capitalistique et industrielle de l'Alliance n'est absolument pas résolu, et va même prendre un tour entièrement nouveau au vu de la proposition de Fiat.

Le nouveau comité exécutif Renault-Nissan-Mitsubishi doit se tenir ce mercredi à Tokyo. Au vu de ce big-bang annoncé au sein même de l'Alliance, le climat de la rencontre sera sans doute plus tendu que le meeting du mois dernier à Paris...