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Charles Edelstenne, le pilier de Dassault Aviation, doit passer la main

Charles Edelstenne a passé 52 ans au sein du groupe Dassault

Charles Edelstenne a passé 52 ans au sein du groupe Dassault - -

Contraint par la limite d’âge, le PDG de Dassault aviation cèdera sa place à Eric Trappier en janvier, a-t-on appris ce mardi 18 décembre. Mais l’homme fort de l’entreprise aéronautique ne devrait pas pour autant lâcher complètement les manettes de la société.

La limite d’âge ne poussera pas totalement Charles Edelstenne vers la sortie de Dassault Aviation. Si cet homme-clef du groupe français a annoncé, ce mardi 18 décembre, qu'il passerait la main à Eric Trappier, sa retraite n'a, pour autant, pas encore sonné. Il reste ainsi administrateur du groupe dont il rejoindra la comité d’audit.

A bientôt 75 ans, Charles Edelstenne compte à son actif plus de 50 années au service de l’entreprise de défense et d’aéronautique. Il arrive, en effet, en 1960 dans la société Avions Marcel Dassault-Bréguet Aviation, comme chef comptable du groupe, alors qu’il n’a que 22 ans et revient de son service militaire. Il avait obtenu son diplôme d'expert-comptable au cours du soir.

Il rentre ensuite dans les petits papiers du secrétaire générale de l'entreprise, Pierre François, avant de devenir lui-même secrétaire général du groupe en 1975. Ce simple fils de commerçant, originaire de l'Europe de l'Est, commence alors son envol au sein de l'entreprise.

Le premier tournant de la carrière de Charles Edelstenne survient en 1981. Cette année, le gouvernement de François Mitterrand, envisage de nationaliser le groupe de Marcel Dassault. Finalement, l’Etat ne prendra qu’une participation de 26%.

Son implication dans le dossier lui permet de gagner la confiance du fondateur du groupe, Marcel Dassault. "Avec mon père et son conseiller, Pierre de Bénouville, il a participé à toutes les réunions avec les représentants de François Mitterrand, et c'est souvent lui qui répondait", racontait Serge Dassault, fils de Marcel, au magazine Challenges.

L'employé de confiance de la famille Dassault

Toujours en 1981, Charles Edelstenne est à l’origine de la création de l’entreprise de logiciel industriel Dassault Systèmes.

Impressionné par la conception assistée par ordinateur, il tente alors de convaincre Marcel Dassault de fonder une entreprise à part. Ce qu’accepte le capitaine d’industrie mais à une condition: que son employé mette également la main à la poche pour investir dans le capital de la société, pour un million de francs. En 2012, Charles Edelstenne détient toujours plus de 6% du capital de cette dernière entreprise.

1986 marque l’année du décès de Charles Dassault, ainsi que la fin du mandat de Benno Claude Vallières à la tête du groupe. Fidèle, Charles Edelstenne soutient la candidature de l’héritier Serge Dassault, pour prendre les commandes du groupe, au grand dam de l’Etat qui voit d’un mauvais œil la présence de la dynastie dans l’opérationnel. Charles Edelstenne devient lui vice-président et reste proche conseiller du fils, comme il l’avait été pour le père.

Il attendra ainsi l’année 2000 et le départ de Serge Dassault, touché par la limite d’âge de 75 ans, pour devenir PDG de Dassault Aviation. En 12 années, il parvient à asseoir sa stratégie, transformant l’entreprise pour l’orienter vers l’aviation d’affaire haut de gamme. Les trois-quarts du chiffre d’affaires pour les neufs premiers mois de l’année 2012 sont ainsi portés par ce secteur, et notamment par la figure de proue, le Falcon. Le Falcon 7X, en vol depuis 2007, a ainsi été vendu à plus de 200 exemplaires et la majorité des commandes s’est faite via l’export.

"Pas homme à aller à la pêche", après son départ

Un succès à l’étranger dont ne peut pas se vanter le Rafale. Si l’avion de chasse de Dassault a reçu de nombreuses commandes en France (l’Etat prévoit un besoin de 286 unités), il n’a pour le moment pas encore totalement réussi à s’exporter hors des frontières françaises.

Certes, Dassault Aviation est en négociations exclusives en Inde depuis janvier 2012, pour livrer 126 appareils, mais les commandes ne se sont pas encore concrétisées. Le Rafale est également en embuscade au Brésil et aux Emirats Arabes Unis. A la fin de son règne à la tête de Dassault Aviation, Charles Edelstenne n’aura pas réussi le pari de vendre le Rafale à l’étranger.

Sous sa conduite, Dassault est également devenu le premier actionnaire privé de Thalès en 2009, avec 26% du capital. Dassault devance alors EADS et réussit à détenir une participation stratégique dans un groupe quatre fois plus grand que lui.

Quoiqu’il en soit, les 52 années de bons et loyaux services au sein de l’entreprise ont permis à Charles Edelstenne de bâtir une importante fortune. Ce fin négociateur est, en 2012, à la tête d’un empire de 565 millions d’euros, ce qui, selon Challenges, lui permet de pointer au 78ème rang des plus grandes fortunes françaises.

Désormais, si la présidence de Dassault Aviation lui échappe, nul doute que ce fidèle à la famille Dassault prodiguera encore longtemps ses conseils à Serge et à ses héritiers. "Il est important dans le dispositif et n'est pas homme à aller à la pêche", confirme encore à l’AFP un proche du groupe.

Julien Marion