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Autoroutes: "L'Etat doit reprendre la main"

Bruno Lasserre était l'invité de BFM Business ce 28 octobre.

Bruno Lasserre était l'invité de BFM Business ce 28 octobre. - BFM Business

Bruno Lasserre était l'invité de BFM Business ce 28 octobre. Le président de l'Autorité de la concurrence estime que l'Etat doit profiter des négociations avec les sociétés d'autoroutes pour remettre les contrats sur la table.

"L'Etat doit reprendre la main". Bruno Lasserre, président de l'Autorité de la concurrence, était l'invité de BFM Business ce 28 octobre et il est revenu, notamment, sur le bras de fer entre l'Etat et les sociétés d'autoroutes.

S'il ne remet pas en cause cette privatisation des autoroutes – "ce n'est pas le rôle de l'Autorité de la concurrence" – il estime néanmoins que l'Etat doit être le garant des intérêts de long terme. "Les curseurs dans la négociation des contrats ont été mis de telle manière qu'ils ont créé une rentabilité exceptionnelle. Apres impôts, elle est de 20 à 24% alors que le risque associé à ses concessions est très faible".

Selon lui, l'Etat doit profiter de ces négociations pour remettre sur la table les contrats et les rééquilibrer dans le temps qu'il reste. Les sociétés d'autoroutes demandent un rallongement des durées de détention, en échange de quoi "il faut remettre sur la table le prix des péages, le partage ou le réinvestissement des bénéfices".

Cinq conditions

Par ailleurs, Bruno Lasserre est également revenu sur le feu vert de l'Autorité de la concurrence au rachat de SFR par Numericable. "Cette opération a du sens et des aspects pro-concurrentiels". Mais il y a des risques, d'où les conditions.

L'Autorité de la concurrence a donné le 27 octobre son feu vert au rachat de l'opérateur mobile SFR par le câblo-opérateur Numericable (Altice), mais a assorti cette opération de cinq conditions.

La maison mère de Numericable, Altice, devra ainsi céder l'activité téléphonie mobile de sa filiale Outremer Telecom à La Réunion, où l'opérateur aurait 66% de part de marché combinée et à Mayotte (90%).

L'Autorité de la concurrence a souligné qu'elle devra agréer le repreneur. Numericable devra ouvrir en France son réseau câblé aux opérateurs concurrents, "une première" en Europe, souligne l'Autorité. Cela se fera sous forme d'une "marque blanche" offerte aux MVNO, opérateurs sans réseau propre, ou d'une offre "bitstream" permettant aux fournisseurs d'accès internet d'utiliser l'accès au câble pour proposer des offres très haut débit via leur box, comme le fait Bouygues Telecom.

L'Autorité veut "une muraille de Chine"

Numericable a par ailleurs pris l'engagement de céder le réseau cuivre (DSL) de Completel, son opérateur à destination des professionnels, qu'il souhaitait précédemment fermer.

Craignant que Numericable ne gèle le déploiement de la fibre (FttH) en zone câblée, l'Autorité a encore obtenu des engagements pour que les accords passés précédemment par SFR avec Bouygues Telecom et Orange pour développer ces infrastructures stratégiques soient appliqués. Concernant le risque pour la concurrence sur la télévision payante, du fait que Vivendi conservera une participation de 20% dans le nouvel ensemble, l'Autorité a imposé la confidentialité autour des informations stratégiques sur ce segment.

Elle a aussi exigé une "muraille de Chine", c'est-à-dire qu'il ne devra y avoir aucun lien entre la direction et le personnel de Numericable et Vivendi. "Ce n'est pas une question d'être gentil ou méchant. Il faut juste voir où sont les risques", conclut Bruno Lasserre.

D. L.