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AutoPlus et Renault : le business des photos volées

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A la suite d'une plainte de Renault, le journal AutoPlus a été perquisitionné et l’un de ses journalistes placé en garde à vue. Comment fonctionne le trafic des photos volées des modèles de voiture à venir ?

Bruno Thomas, le chef de la rubrique nouveauté de l'hebdomadaire AutoPlus, placé en garde à vue hier soir, l'est toujours ce matin. Hier, la rédaction du magazine automobile a été perquisitionnée pendant presque 9 heures pour espionnage industriel, après une plainte déposée par Renault en juillet 2007. C'est une première pour le journal. Le juge d'instruction cherche quel salarié de Renault aurait fourni des photos de la Mégane 3, dont deux ont été publiées le 10 juillet 2007.

« Ça existe depuis toujours... »

Mais comment fonctionne ce marché des « photos volées » de véhicules ? Laurent Chiapello, le directeur de la rédaction d'AutoPlus, ne comprend pas cette perquisition car « ça fait 60 ans que ça existe. Depuis que la presse automobile existe, ça se fait. Les constructeurs, un coup ça les arrange, un coup ça ne les arrange pas. Quand ça les arrange, ils sont bien contents de nous avoir, quand ça ne les arrange plus, on voit qu'ils ont d'autres méthodes. On est très surpris de ces procédés et de ces réactions. » Cette situation, Jean-Luc Moreau, spécialiste auto de RMC, la confirme : « Ces photos volées, ça les arrange quand ils arrivent sur un nouveau marché. Mais dans le cas de la Mégane 3, il s'agit du remplacement d'un modèle et Renault ne veut pas que les consommateurs arrêtent d'acheter la 2 pour attendre la 3. De plus, ils ont une nouvelle pression avec Carlos Ghosn, le patron de Renault, qui veut cultiver le secret. Mais 75% des pièces d'une voiture sont faites à l'extérieur, ils ne peuvent pas surveiller tout ce qu'ils externalisent. Il s'agit donc d'un coup de pub pour Renault et d'une chasse aux sorcières en interne. »

« Des paparazzis des voitures »

Par quels moyens les magazines comme AutoPlus se procurent-ils des photos volées des modèles à venir ? Agnès Lasbarère, journaliste à la rédaction d'AutoPlus, explique que « la spécificité d'AutoPlus, c'est aussi de publier des photos de scoops. Ce sont des photos que des photographes, qui n'appartiennent pas du tout à AutoPlus, des paparazzis, vendent à qui ils veulent. Nous, on publie les photos, après d'où elles viennent... on ne sait pas. Je n'ai jamais su d'où venaient ces photos. C'est une manière de travailler tout à fait normale et c'est vrai qu'AutoPlus est assez connu pour ses scoops. »

De la même manière, Pascal Pennec, rédacteur en chef adjoint à AutoPlus, précise qu'il y a « tout un tas de méthodes pour obtenir ces images. Il y a les voitures que l'on traque, que l'on photographie autour des circuits d'essai. Il y a celles envoyées par nos lecteurs, celles qui viennent d'agences spécialisées en Allemagne par exemple, ou encore des salariés des grands constructeurs qui arrondissent leurs fins de mois en vendant des photos de ces modèles en développement... »

La rédaction et Gaële Joly-Bourdin & Co