BFM Business

Affaire Volkswagen: l'Europe également éclaboussée?

Beaucoup se demandent si la manipulation des mesures de pollution en CO2 n'a pas eu lieu aussi sur d'autres marchés comme l'Europe. Berlin veut procéder à des vérifications sur tous les modèles diesel du constructeur. L'action de Volkwagen a perdu 17 % en une seule journée.

Ce qu'il faut bien désormais appeler "l'affaire Volkswagen", pourrait bien avoir des répercussions en Europe. Accusé de tricherie aux Etats-Unis sur les contrôles antipollution de ses motorisations diesel, Volkswagen risque de très payer très cher financièrement et en termes d'image, sa duperie.

Le titre Volkswagen avait déjà perdu 17,14% à la bourse de Francfort pour terminer à 133,70 euros. Ce sont ainsi 15 milliards d'euros de capitalisation boursière qui sont partis en fumée, après la découverte d'une manipulation basée sur un logiciel embarqué dans les véhicules qui a permis pendant des années de contourner les normes d'émissions de gaz polluants.

Outre ces dégâts financiers, le géant allemand de l'automobile s'expose aussi à des amendes pouvant se monter au total à 18 milliards de dollars (16 milliards d'euros), mais aussi au coût - des millions, voire des milliards de dollars- des rappels de tous les véhicules concernés, et à de possibles poursuites judiciaires de la part de leurs propriétaires.

Le pouvoir politique allemand s'empare de l'affaire

Et le scandale menace de faire des petits. "On se demande à présent si la manipulation n'a pas eu lieu non seulement aux Etats-Unis mais aussi sur d'autres marchés comme l'Europe", souligne Stefan Bratzel, directeur du centre allemand de recherche sur l'automobile CAM.

Ce dernier fait une allusion directe à la possibilité (non avérée à ce jour) de la présence du logiciel embarqué sur des voitures destinées au marché européen.

L'organisation qui a contribué à révéler la tricherie de Volkswagen aux Etats-Unis "n'exclut pas" que les manoeuvres du constructeur allemand pour contourner les règles antipollution soient utilisées en Europe, selon son directeur exécutif Drew Kodjak dans un entretien à l'AFP.

Ce responsable de l'International Council on Clean Transportation, qui lutte pour réduire la pollution liée aux transports, estime également que la sophistication croissante des nouvelles voitures augmente les risques de fraude et doit conduire les régulateurs à travers le globe à plus de "vigilance".

Le pouvoir politique allemand s'est aussi emparé de l'affaire qui soulève aussi la question du décalage entre les niveaux réels de pollution (notamment des émissions de CO2) et ceux affichés par les constructeurs automobiles.

Le ministère allemand de l'Environnement et le président de l'Etat régional de Basse-Saxe, actionnaire de Volkswagen, ont exhorté le constructeur à faire toute la lumière sur les responsabilités au sein du groupe tandis que le chef du comité d'entreprise de VW, Bernd Osterloh, a appelé à "tirer les conséquences" de cette affaire.

Toute la gamme diesel de VW sur la sellette

Le gouvernement allemand a ordonné des "tests approfondis" sur tous les modèles diesel de la marque Volkswagen, après la révélation de tricheries du groupe sur les contrôles anti-pollution aux Etats-Unis, a annoncé au célèbre quotidien Bild, le ministre des Transports Alexander Dobrindt.

"J'ai demandé à l'Office fédéral de l'automobile de faire immédiatement conduire des tests spécifiques et approfondis sur les modèles diesel de Volkswagen par des experts indépendants", a déclaré M. Dobrindt au quotidien le plus lu en Europe.

La Corée du Sud va aussi contrôler les niveaux d'émission de polluants de trois modèles de Volkswagen, selon l'agence de presse Yonhap.

Un porte-parole du groupe automobile incriminé a indiqué que celui-ci cessait jusqu'à nouvel ordre de commercialiser les modèles diesel quatre cylindres de ses marques VW et Audi aux Etats-Unis, confirmant des informations de presse.

Pour Volkswagen, l'affaire survient au pire moment dans sa stratégie de pénétration du marché nord-américain. Faute de produits adaptés à ce marché, friand de gros 4x4, la marque Volkswagen est à la peine depuis des années aux Etats-Unis. La technologie diesel devait lui permettre de se différencier pour gagner des parts de marché.

F.Bergé avec AFP